21 rue des Farges, 5e arrondissement, Lyon
Sous l'esplanade lyonnaise du lycée Saint-Just sommeille une entité romaine singulière, la Grotte Bérelle, une citerne dont la discrétion actuelle contraste avec une histoire de visibilité fluctuante. Cette œuvre d'ingénierie hydraulique, d'une capacité respectable de 440 mètres cubes, n'est pas tant une excavation qu'une construction monumentale enfouie, un volume utile savamment agencé pour la conservation de l'eau. Ses dimensions, un plan approximativement carré de seize mètres par quinze, enserrant une chambre centrale par deux galeries voûtées concentriques, révèlent une ordonnance rigoureuse. Les murs, d'une épaisseur d'un mètre, percés de seize arcades disposées en enfilade, attestent d'une conception structurelle à la fois robuste et esthétiquement articulée, même pour un ouvrage destiné à l'obscurité. Le revêtement intérieur, constitué de tuileau, cet enduit hydraulique rougeâtre caractéristique de l'opus signinum romain, évoque la maîtrise technique nécessaire à l'étanchéité de tels réservoirs. Ce matériau, essentiel à la fonction de l'édifice, souligne la primauté de la fonction sur toute velléité ornementale. Alimentée par deux conduites dans son angle sud-ouest et pourvue de huit regards cylindriques, aujourd'hui obturés, pour le puisement, elle se distingue des simples citernes domestiques par son ampleur. Son radier, à 232 mètres d'altitude, la situait idéalement pour capter les flux d'alors. Paradoxe ironique, ce monument classé depuis 1862 est depuis l'enfouissement de 1855, lors de la construction du Grand Séminaire, rigoureusement inaccessible. Ses rares relevés, dont celui de Delamonce au XVIIIe siècle et l'étude méthodique de Camille Germain de Montauzan en 1926, sont nos fenêtres sur cet intérieur scellé. Les hypothèses quant à sa destination oscillent entre l'alimentation publique et la garnison militaire de Lugdunum, hypothèse confortée par sa proximité supposée avec l'atelier monétaire. Les graffitis, datant pour les plus anciens de 1550, et une majorité entre 1750 et 1760, attestent qu'elle fut longtemps un lieu de curiosité, une forme de tourisme avant la lettre, avant que l'expansion urbaine ne la condamne à l'oubli et à l'isolement souterrain. La Grotte Bérelle demeure ainsi une énigme architecturale, un témoin silencieux de la ville antique, plus souvent citée qu'effectivement connue, un vestige d'une efficacité romaine passée dont la robustesse défie le temps, sous le regard indifférent des générations successives.