Villiers-le-Sec
L'église Saint-Thomas-Becket de Villiers-le-Sec se présente au visiteur avec une certaine retenue, voire une discrétion forcée. Son chevet aveugle et sa façade occidentale, rendue peu engageante par des interventions postérieures, ne laissent guère présager la subtilité architecturale qu'elle recèle. C'est un modeste édifice de la Renaissance, consacré en 1558, témoignant des adaptations stylistiques propres aux commandes provinciales de l'époque. L'intérieur révèle une ambition plus affirmée, une construction de qualité où les influences du gothique flamboyant s'entremêlent avec les prémices de la Renaissance classique. Les voûtes d'ogives conservent cette acuité prismatique caractéristique des formes tardives du Moyen Âge, tandis que les supports s'inspirent des ordres antiques. On y décèle, avec une certaine audace pour une église de cette taille, la présence des trois ordres principaux — dorique, ionique et corinthien — sur un unique niveau d'élévation, un éclectisme qui ne manque pas de piquant. Son plan à double nef, peu commun dans la région, constitue une particularité notable. Ce bâtiment s'inscrit sur une terre anciennement rattachée à l'abbaye de Saint-Denis. La dédicace à Saint Thomas Becket, canonisé en 1173, ancre sa fondation après cette date. L'édifice actuel est une construction du XVIe siècle. Le financement de la chapelle de la Vierge, pourvue d'un revenu de deux muids de froment sur l'hôtel seigneurial, illustre ces pratiques bénéficiaires d'Ancien Régime, comme en témoigne la procédure menée par le chapelain Robert Bonnette en 1425 pour recouvrer son dû. Mathieu Lours souligne à juste titre que cette église apporte un complément précieux aux grandes réalisations Renaissance du Pays de France, démontrant que la qualité pouvait se manifester même dans les modestes dimensions. L'extérieur, malheureusement, a subi les outrages du temps et des restaurations moins inspirées. Si le chevet et une partie de l'élévation sud conservent un appareil de pierre honorable, les remailles du XVIIe siècle, en particulier sur l'élévation septentrionale, ont sacrifié l'esthétique à la fonctionnalité, remplaçant les modénatures par un enduit friable qui révèle une maçonnerie plus rudimentaire. Le clocher lui-même a été amputé d'un étage pour des raisons de stabilité. Seule la corniche méridionale, avec ses agrafes sculptées de feuilles d'acanthe et de coquilles Saint-Jacques, laisse deviner un souci du détail originel. En approfondissant l'examen intérieur, on observe des irrégularités subtiles dans la profondeur des travées et un chevet oblique au collatéral sud, signe des contraintes d'implantation. Les profils des doubleaux marquent une transition notable : des arêtes saillantes et des moulures flamboyantes des premières travées cèdent la place à des profils plus épurés, annonçant une simplification classique. Les clés de voûte, souvent épannelées, révèlent çà et là une étoile à huit branches ou un monogramme marial, vestiges d'une ornementation plus riche, largement bûchée durant la Révolution. Les retombées des voûtes au nord s'effectuent sur des chapiteaux doriques ébauchés sans tailloirs, quand au sud, la diversité est plus grande, allant du dorique simple au corinthien, en passant par un ionique plus abouti. Le mobilier, pour sa part, présente un ensemble contrasté. Les boiseries de fenestrage qui habillent les murs sont d'une grande simplicité. La chaire à prêcher, en revanche, se distingue par son riche décor sculpté, ses bas-reliefs représentant Saint Thomas Becket et ses attributs, avec un cul-de-lampe au galbe baroque et un abat-voix orné de denticules, une œuvre qui révèle un certain savoir-faire. Les statues, pour la plupart, sont de facture industrielle du XIXe siècle, sans grande valeur artistique. L'intérêt se reporte alors sur les dalles funéraires scellées au sol à l'entrée. Parmi elles, celle de Charles Charnier, procureur et laboureur, mort en 1620, et de sa famille, offre un témoignage saisissant. Le baron de Guilhermy en saluait l'élégance et la conservation, notant que la gerbe de blé figurée n'était pas un emblème héraldique, mais bien le signe de la profession du défunt, un détail qui nous parle directement de la condition sociale d'un riche campagnard du début du XVIIe siècle. Ces dalles, classées monuments historiques, sont les véritables reliques artistiques de cet édifice, offrant une lecture des vies passées plus riche que l'ensemble du mobilier postérieur. Elles confèrent à ce lieu une profondeur historique inattendue, un contrepoint aux vicissitudes architecturales.