5 rue Roquépine 14 rue d'Astorg, Paris 8e
Émergeant dans le sillage des grandes transformations haussmanniennes du Second Empire, le Temple protestant du Saint-Esprit, sis rue Roquépine, n'est pas tant une affirmation architecturale retentissante qu'une illustration éloquente du pragmatisme urbain de l'époque. Dans ce Paris remodelé où les percées flamboyantes exigeaient parfois la table rase, la démolition de la chapelle de la rue Saint-Lazare pour la construction de l'Église de la Sainte-Trinité par Théodore Ballu même, n'était qu'une péripétie. La nécessité de reloger et d'institutionnaliser la communauté protestante, récemment émancipée, se fit sentir, et c'est sous l'impulsion de personnalités influentes, tel le préfet Haussmann et l'architecte Victor Baltard, tous deux de confession luthérienne, que ce lieu de culte fut aménagé. Le choix de l'emplacement, acquis par le conseil municipal en 1862, témoigne d'une intégration délibérée dans le tissu social du 8e arrondissement, à proximité immédiate de l'Hôtel de Saint-Paul, propriété d'un autre notable protestant, Édouard André. L'édifice, confié au même Théodore Ballu, assisté de Paul-Louis Renaud, révèle une ambition fonctionnelle, dépassant la simple vocation liturgique. Outre le temple, le programme intégrait une école, les logements des instituteurs et du gardien, ainsi qu'un presbytère et des salles paroissiales, configurant un véritable complexe communautaire. Une approche pragmatique, somme toute. Le style néo-classique retenu pour la façade, tout en sobriété, se fond dans le décor haussmannien sans ostentation. Les pilastres doriques et colonnes ioniques encadrent les trois portes avec une certaine gravité, tandis que le fronton, orné d'une Bible ouverte entourée de palmes et de douze étoiles, porte un message clair mais dénué d'emphase. Le campanile, simple et discret, évite la grandiloquence des flèches catholiques, marquant une forme de hiératisme protestant dans la retenue. À l'intérieur, la nef octogonale allongée, pouvant accueillir sept cents fidèles, s'inspire du modèle du temple de La Rochelle du XVIe siècle. Cette disposition spatiale, privilégiant la centralité et la convergence vers la chaire, est éminemment caractéristique de la liturgie réformée, où la parole prime sur la procession. La lumière zénithale, dispensée par une vaste verrière, originellement en verre blanc, à la manière des Halles de Baltard – une référence à l'architecture utilitaire et moderne de l'époque – fut, pour des raisons esthétiques ou peut-être d'apaisement de l'austérité, remplacée en 1905 par un vitrail coloré non-figuratif, œuvre de Charles Letrosne. Le réemploi du mobilier, chaire et baptistère, issus de l'ancienne chapelle de la rue Saint-Lazare, est un détail qui ne manque pas d'intérêt, témoignant soit d'une continuité symbolique, soit d'une économie judicieuse. L'orgue, d'abord un Merklin-Schütze, fut remplacé en 1898 par un Mutin de quatorze jeux, signe d'une attention constante à la qualité musicale du culte. Ce temple fut le théâtre d'un événement majeur : le synode général des Églises réformées de France de 1872, présidé par François Guizot. Ce premier synode autorisé depuis 1659 révéla de profondes fractures théologiques entre les libéraux et les évangéliques, soulignant que même au sein de l'unité retrouvée, les divergences intellectuelles persistaient avec une vivacité certaine. C'est néanmoins dans ses murs que la réunification de l'Église réformée de France fut à nouveau consacrée en 1938. Si son architecture n'a pas révolutionné son époque, elle a su inspirer, comme en témoigne le temple du Foyer de l'Âme. Le Temple du Saint-Esprit demeure ainsi un monument discret mais substantiel, reflet d'une époque et d'une communauté qui, tout en s'intégrant, affirmait son identité avec une élégante détermination.