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Hospice Beaujon

Hospice Beaujon

208 rue du Faubourg-Saint-Honoré, Paris 8e

L'Envolée de l'Architecte

L'Hospice Beaujon, niché au 208 de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, est une énigme architecturale du XVIIIe siècle, dont la façade immuable dissimule une succession de destins. Érigé entre 1784 et 1785 par Nicolas-Claude Girardin pour le compte du banquier Nicolas Beaujon, l'édifice originel relevait de ces initiatives philanthropiques fastueuses qui caractérisaient la fin de l'Ancien Régime. Son coût, un million de livres, témoigne de la générosité – ou de l'ambition – de son commanditaire. La construction adopte un plan quadrilatère rigoureux, de seize toises sur vingt-quatre de profondeur, articulé autour d'une cour intérieure, une typologie éprouvée pour l'organisation institutionnelle et la supervision. Sa façade sur rue, d'une monumentalité certaine, est percée d'un large portique en plein cintre, couronné d'une voûte à caissons, conférant à l'ensemble un caractère d'apparat discret mais affirmé, signe extérieur d'une bienveillance statutaire. Ce programme initial, destiné à l'éducation de vingt-quatre enfants pauvres du quartier, doublé d'un service de consultation médicale, est une illustration des idéaux des Lumières appliqués à la charité. Les lettres patentes de Louis XVI, datées de mai 1785, entérinent cette fondation à perpétuité, la dotant d'une rente annuelle substantielle, confirmant l'engagement royal. L'organisation intérieure révélait une clarté quasi cénobitique : écoles distinctes pour garçons et filles, dortoirs sans rideaux – une austérité fonctionnelle –, buanderie, cuisines, chapelle, le tout desservi par d'efficaces escaliers à vis. Beaujon, en amateur éclairé, n'hésita pas à étendre sa générosité en fondant six bourses à l'École gratuite de dessin pour les plus doués de ses pupilles, liant ainsi le social à la culture. La Révolution française, peu après son inauguration, vint cependant chambouler cette vocation. Par décret de la Convention de 1795, l'hospice fut nationalisé, transformé en « Hôpital de l'Ouest », ses orphelins dispersés. L'architecte Nicolas Marie Clavereau fut alors chargé d'une reconversion pragmatique, ajustant les cloisons et ajoutant des escaliers circulaires. Le jardin, avec ses promenoirs distincts et son bassin hexagonal, fut aménagé dans une optique hygiéniste naissante, préfigurant les réflexions sur l'hôpital moderne. L'établissement, rebaptisé « Hôpital Beaujon » en 1803, fut un temps loué pour sa salubrité. Cependant, les agrandissements successifs du XIXe siècle, notamment les ajouts en peigne à l'arrière – qui, fort heureusement, furent démolis en 1989 –, illustrent la pression grandissante exercée sur des structures d'accueil initialement conçues pour d'autres usages. Ce n'est pas sans une certaine ironie que cet hôpital, dédié au soin, fut le théâtre du décès du Président Paul Doumer en 1932. Jugé vétuste et incapable de répondre aux exigences de la médecine moderne, l'hôpital fut transféré à Clichy en 1935. Le bâtiment de Girardin, purgé de ses adjonctions tardives, entame aujourd'hui une nouvelle vie. Après avoir hébergé commissariat et école de gardiens de la paix, il accueille désormais une crèche, le conservatoire Camille Saint-Saëns et un centre d'animation. L'édifice, purifié par ces récentes reconversions, demeure un palimpseste architectural, une stratification discrète des usages et des époques, témoin silencieux d'une histoire institutionnelle complexe et de la capacité d'adaptation du bâti parisien.