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Maison d'Alfred Marzolff

Maison d'Alfred Marzolff

3, rue des Pontonniers, Strasbourg

L'Envolée de l'Architecte

La Maison d'Alfred Marzolff, sise au 3, rue des Pontonniers à Strasbourg, constitue un témoignage éloquent, quoique parfois discret, de l'effervescence artistique et architecturale du début du XXe siècle. Élevée en 1903 par l'architecte Gustave Oberthür, elle n'était pas uniquement une demeure résidentielle mais aussi l'atelier du sculpteur Alfred Marzolff lui-même, une dualité qui se manifeste dans la singularité de son expression. Le bâtiment s'inscrit sans ambiguïté dans la mouvance du Jugendstil rhénan, cette variante germanique de l'Art nouveau qui, à Strasbourg, alors sous administration impériale allemande, trouvait un terrain d'expression fertile, combinant parfois la rigueur structurelle à l'audace ornementale. Oberthür, un nom respecté dans l'architecture alsacienne de l'époque, a ici conçu une enveloppe harmonieuse pour un artiste, permettant à la fonctionnalité de l'atelier de cohabiter avec l'élégance de la villa. La véritable marque de fabrique de l'édifice réside cependant dans la main de son propriétaire. Alfred Marzolff a sculpté le balcon qui s'avance sur la façade, y représentant un homme et une femme, figures allégoriques du Rhin et de la Moselle. Ces statues ne sont pas de simples ajouts décoratifs ; elles incarnent une identité régionale affirmée, une résonance géographique et culturelle profonde, ancrant la demeure dans son terroir. C'est un détail qui, par son symbolisme, transcende la pure esthétique pour devenir un discours. L'artiste a également laissé son empreinte sur les sculptures de la porte d'entrée, transformant l'accès à son foyer en une œuvre d'art intégrée. Cette fusion entre le lieu de vie et l'espace de création, où le sculpteur pare sa propre habitation de ses œuvres, est symptomatique de l'idéal du Gesamtkunstwerk, l'œuvre d'art totale, prôné par l'Art nouveau. Chaque élément, du volume général aux moindres motifs taillés dans la pierre, semble avoir été pensé pour refléter la personnalité et la profession du maître des lieux. Il ne s'agit pas là d'une commande anonyme, mais d'une collaboration intime entre le concepteur et l'habitant-artiste, où la matière elle-même s'anime sous les outils du sculpteur. L'équilibre entre les surfaces plus austères et les fulgurances ornementales, la manière dont la lumière caresse les reliefs, tout concourt à une esthétique qui, sans l'exubérance parfois reprochée au mouvement, conserve une dignité et une élégance certaine. L'inscription de cet édifice au titre des monuments historiques en 2002 a scellé sa valeur patrimoniale, reconnaissant l'importance de cette réalisation qui, au-delà de sa fonction primaire, demeure un document précieux sur une période où l'art cherchait à infuser la vie quotidienne de sa beauté. C'est le témoignage d'une singulière volonté de créer et de vivre en harmonie avec son art, à l'aube d'un siècle nouveau.