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Église Saint-Étienne de Marly-la-Ville

Église Saint-Étienne de Marly-la-Ville

Marly-la-Ville

L'Envolée de l'Architecte

L'église Saint-Étienne de Marly-la-Ville offre, dès le premier regard, un témoignage singulier des ambitions architecturales défiant les contraintes d'une paroisse rurale. Débutée à la fin du XIIe siècle dans un gothique primitif, elle s'épanouit au XIIIe siècle dans les raffinements du Rayonnant, affichant une élévation à trois niveaux dans la nef, agrémentée d'un faux triforium et d'oculi en guise de baies hautes. Une disposition audacieuse, peu commune pour une modeste église de campagne, que l'abbé Lebeuf lui-même, au XVIIIe siècle, louait comme l'une des plus belles de son diocèse. L'on s'étonne d'ailleurs de cette magnificence, lorsque l'on sait que le village comptait alors à peine quatre cents âmes, laissant supposer une population médiévale bien plus florissante. L'élancement de la nef, soutenu par des piliers monocylindriques, évoque sans équivoque les grandes cathédrales, Notre-Dame de Paris en tête, dont Marly emprunte certains principes esthétiques, comme ces faisceaux de colonnettes montant depuis les tailloirs des grandes arcades jusqu'au niveau supérieur, leurs chapiteaux fusionnant à la manière de l'abbatiale de Royaumont. Pourtant, l'architecte du XIIIe siècle se montra curieusement parcimonieux quant à la taille des oculi, offrant une luminosité mesurée là où l'ampleur des voûtes aurait permis des ouvertures bien plus généreuses. Le chevet, particulièrement notable avec ses deux niveaux de baies superposées, suggère une volonté d'imiter les grandes églises sans s'encombrer d'un déambulatoire, créant un effet de richesse visuelle, bien que son accès restreint au jardin du presbytère le dérobe souvent à la curiosité. C'est à la fin du XVe siècle que l'édifice connut une transformation significative : les voûtes du vaisseau central, menaçant ruine par la poussée mal contenue des murs, furent remplacées par de complexes croisées d'ogives flamboyantes, ornées de liernes et tiercerons, et dont les clés, richement sculptées, offrent un contraste frappant avec les supports plus anciens. L'ingéniosité de l'architecte de l'époque fut de marier ces éléments du XVe siècle aux supports du XIIIe sans rupture stylistique trop abrupte, tâche ardue où d'autres chantiers ont souvent échoué. Moins heureuse fut l'intervention de 1774, qui vit l'installation de lambris dans la quasi-totalité de l'église. Si ces boiseries, œuvre d'un charpentier local, pouvaient flatter le goût de l'époque, elles furent une calamité pour la pierre, masquant et dégradant les chapiteaux sculptés qui durent être épanelés pour l'occasion. L'état de dégradation révélé par le retrait récent de ces habillages témoigne des compromis esthétiques et pratiques d'antan. L'église recèle également une singularité architecturale dans sa chapelle du bas-côté sud, dont le plan outrepassé, décrivant un hémicycle extérieur, est une rareté en Île-de-France, plus caractéristique de la Champagne, telle qu'on la rencontre à Braine ou Saint-Nicaise de Reims. Une disposition évoquant presque une chapelle castrale, dont la discrétion souligne davantage l'originalité. Quant au mobilier, l'église abrite des dalles funéraires du XVIe siècle, dont certaines furent malheureusement martelées à la Révolution par ceux que Ferdinand de Guilhermy nomme « les amis de l'égalité absolue ». On y trouve aussi une très belle Vierge à l'Enfant du début du XVIIIe siècle, attribuée à un atelier parisien de renom, probablement formé dans l'entourage de François Girardon, ainsi qu'une cloche, Jeanne Thérèse, fondue en 1793, dont l'inscription, rédigée sous la Seconde République, est un témoignage précieux et ironique des bouleversements d'une époque qui interdisait le culte qu'elle annonçait.