2 rue Ambroise-Paré, Paris 10e
L'Hôpital Lariboisière, érigé au cœur d'un Paris en pleine mutation urbaine et sanitaire, se présente comme un spécimen architectural du XIXe siècle, dont la genèse fut moins le fruit d'une pure inspiration esthétique que celui d'une impérieuse nécessité. L'épidémie de choléra de 1832 ayant révélé la criante insuffisance des infrastructures hospitalières, il s'agissait de concevoir un établissement qui conjuguerait la philanthropie, la science et l'art, selon les préceptes hygiénistes de l'époque. C'est sur les terrains naguère déserts de l'ancien enclos Saint-Lazare que Martin-Pierre Gauthier, architecte de l'Assistance Publique, posa les premières pierres en 1846, après des années de débats animés sur le parti à adopter. Le choix se porta sur une structure pavillonnaire, dite en « double peigne », un modèle alors en vogue dont l'Hôpital de la marine royale de Stonehouse faisait figure de référence. Cette ordonnance, articulée autour d'une longue galerie centrale flanquée de dix ailes perpendiculaires, six destinées à l'hospitalisation, quatre aux services, visait à optimiser la circulation de l'air, élément primordial de la théorie miasmatique. L'on croyait, avec une foi quasi dogmatique, que le renouvellement constant de l'atmosphère, la séparation des corps malades, éloigneraient les « miasmes » vecteurs de contagion. Ainsi, l'édifice est-il une matérialisation de cette hygiène « aériste », avec ses volumes conçus pour favoriser le flux, ses interdistances pensées pour éviter la stagnation. Au centre de ce dispositif résolument fonctionnel, la chapelle s'élève, un îlot de spiritualité au sein d'une organisation dédiée au corps. Sa façade, parée des statues allégoriques de la Foi, la Charité et l'Espérance, œuvres de Julien-Charles Dubois, et son intérieur où les verrières de Claudius Lavergne côtoient les peintures murales de Louis Matout, témoignent d'une aspiration à l'élévation, un contrepoint aux souffrances du lieu. C'est là que repose le monument funéraire de la comtesse Élisa de Lariboisière, figure testamentaire qui, par sa générosité posthume, donna son nom à l'établissement. Une anecdote qui souligne la singularité des financements de l'époque, souvent hybrides, entre fonds publics et libéralités privées. Pourtant, sous cette façade de rationalité bienveillante et de générosité magnifiée, l'édifice cachait une cruelle dissonance. Dès les années 1860, les louanges initiales sur le calme et la distribution aisée des malades cédèrent le pas à de vives critiques. Les distances jugées excessives, le coût pharaonique de l'entretien, l'impression de surdimensionnement et, plus grave encore, un taux de mortalité parmi les plus élevés de la capitale, valurent à Lariboisière le surnom peu enviable de « Versailles de la misère ». L'idéal aériste, censé prévenir la contagion, se heurtait à une compréhension encore embryonnaire des agents pathogènes. Médecins, architectes et administration se renvoyaient la balle, chacun arguant de la stricte application des directives de l'autre. Ce n'est qu'avec l'avènement de l'asepsie et de la théorie microbienne, dans les années 1870, que la science délaissa ces conceptions éoliennes, rendant caducs les principes mêmes de la conception initiale du lieu. Aujourd'hui, cet hôpital, inscrit aux monuments historiques depuis 1975 et dont la chapelle est classée depuis 2019, est un témoin éminent des ambitions et des errements de son siècle. Sa restructuration actuelle, impliquant de nouveaux compromis fonciers avec la vente de parcelles pour financer la modernisation, poursuit, à sa manière, la longue tradition d'adaptation et de compromis qui a jalonné son histoire.