Place Dauphine, Paris 1er
L'aménagement de la place Dauphine, au début du XVIIe siècle, constitue un cas d'étude éclairant sur les ambitions urbaines de l'époque et les compromis inhérents à leur réalisation. Conçue sous l'impulsion d'Henri IV, dans le sillage de la place Royale, cette 'place de change ou de Bourse' devait initialement magnifier la statue équestre du souverain. Or, la dite effigie ne s'y installa jamais, demeurant dans le renfoncement adjacent du Pont Neuf, une première entorse à l'ordonnance royale qui en dit long sur les écarts entre la vision et la réalité du bâti parisien. Sa forme triangulaire, singulière parmi les places royales de Paris, résulte de la topographie insulaire, à la pointe occidentale de l'île de la Cité, une configuration audacieuse mais non sans ses implications fonctionnelles. Le projet fut confié à Achille Ier de Harlay, fidèle serviteur du roi, qui se vit octroyer ces terrains conquis sur d'anciens îlots. Il lui incombait de construire selon un plan rigoureux, une série de trente-deux demeures uniformes, caractérisées par un chaînage de pierre blanche alternant avec la brique et des combles en ardoise, sur un rez-de-chaussée à arcades destiné aux boutiques. Cette homogénéité d'origine, reflet d'un urbanisme concerté, visait à créer un ensemble harmonieux et fonctionnel, proche du Louvre. L'économie du lieu y était florissante, attirant orfèvres et lunetiers, des activités qui animaient ses galeries. Cependant, l'absence de servitudes royales contraignantes permit aux propriétaires successifs d'altérer l'uniformité originelle. Si les deux pavillons d'angle sur le Pont Neuf subsistent comme témoins précieux de l'architecture henricienne, le reste fut sujet à maintes modifications, démolitions et rehaussements. Le coup de grâce fut asséné en 1874 par Viollet-le-Duc, dont la décision de démolir le côté pair de la rue de Harlay pour dégager la façade du palais de Justice eut pour effet de rompre l'enfermement triangulaire de la place, la privant de son caractère quasi-clos et modifiant irréversiblement sa relation au vide. Un geste radical, qui ne manqua pas de susciter des critiques, à l'instar de celle de Frantz Jourdain qui, quelques décennies plus tard, dénonça la