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Cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption de Clermont

Cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption de Clermont

Clermont-Ferrand

L'Envolée de l'Architecte

Au cœur de Clermont-Ferrand, la Cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption s'impose, non sans une certaine gravité chromatique, fruit de son matériau de prédilection : la trachy-andésite de Volvic. Cette pierre volcanique, d'une résistance remarquable, autorise une sveltesse structurelle peu commune pour un édifice gothique, conférant à l'ensemble cette teinte sombre qui lui valut, de la plume acerbe des frères Goncourt, le surnom de « Cathédrale des charbonniers ». Son implantation, stratégique, s'inscrit dans la longue histoire sacrée du lieu, succédant à une basilique du Ve siècle décrite par Grégoire de Tours, puis à une cathédrale romane du Xe siècle, modèle supposé des églises auvergnates. Chaque destruction – par Pépin le Bref, puis par les Normands – n'a fait que sceller la persistance d'une volonté architecturale sur cette butte centrale. L'entreprise gothique, initiée en 1248 par l'évêque Hugues de la Tour, traduisait une aspiration, somme toute ambitieuse, à rivaliser avec les fastes parisiens, en particulier la Sainte-Chapelle qui avait tant impressionné le prélat. Le choix de Jean Deschamps, architecte également responsable de Narbonne et Limoges, pour diriger ce chantier d'envergure, fut déterminant. Deschamps apporta des innovations notables, telles que des ogives à pénétration directe ou les piliers elliptiques du rond-point du chœur, pensés pour optimiser la diffusion lumineuse. Le mariage de Philippe le Hardi, fils de Saint Louis, en 1262, fut l'occasion pour le souverain de manifester une générosité royale, finançant les vitraux du chœur, dont la parenté stylistique avec ceux de la Sainte-Chapelle, reconnaissable aux semis de fleurs de lys et de tours de Castille, est une marque indubitable d'une ambition unificatrice du royaume. L'achèvement progressif de l'édifice, ralenti par des vicissitudes financières et les affres de la guerre de Cent Ans, s'échelonna sur plusieurs siècles, le respect de l'élévation initiale par Pierre Deschamps, le fils du maître d'œuvre, garantissant une homogénéité formelle malgré la discontinuité des travaux. La Révolution, période de fureur iconoclaste, laissa ses cicatrices. Si Dom Michel François Verdier de Latour parvint à sauver la structure de la démolition en la présentant comme un lieu de rassemblement populaire – une réaffectation pragmatique et fort opportune –, le jubé, les stalles et l'essentiel du mobilier furent sacrifiés. Il est d'ailleurs piquant de noter que le jubé gothique fut revendu à un entrepreneur et se trouve aujourd'hui, curieusement, intégré à une demeure privée. La cathédrale de Clermont est même l'une des rares en France à conserver une trace visible du Culte de la Raison, témoignage d'une parenthèse historique aux accents bien particuliers. L'achèvement spectaculaire de la façade occidentale et des flèches au XIXe siècle, confié à Anatole de Baudot sous l'égide de Viollet-le-Duc, s'efforça de retrouver l'esprit médiéval, bien que la « taille un peu plus sèche des pierres » révèle à l'œil averti la patine des siècles entre la conception originelle et sa réalisation finale, non sans ironie pour la maison natale de Blaise Pascal qui dut céder la place à l'emmarchement.À l'intérieur, les richesses se dévoilent par strates. Une prestigieuse collection de vitraux médiévaux, seconde en qualité seulement aux fleurons comme Chartres ou Bourges, éclaire les chapelles du déambulatoire de scènes bibliques. Les peintures murales, de la fin du XIIe au XVe siècle, dans la crypte ou la sacristie, témoignent de styles variés, de l'art roman aux influences byzantines. Les orgues, œuvres de Joseph Merklin, résonnent encore de l'empreinte de Jean-Philippe Rameau, qui fut organiste de ces lieux au début du XVIIIe siècle, période féconde où il médita les principes de son immortel *Traité de l'harmonie*. Enfin, le Jacquemart, horloge à automates du XVIe siècle, déplace ses figures allégoriques, le Temps, Mars et Faunus, offrant une mesure séculaire et immuable du temps qui passe sur cet édifice stratifié d'histoire.