17, 19 rue Émile-Zola, Tours
L'Hôtel Mame, érigé entre 1768 et 1770 à Tours, se présente comme un spécimen probant de l'architecture résidentielle privée de la fin du XVIIIe siècle, une époque où l'ordre et la mesure commençaient à tempérer les derniers feux du Rococo pour embrasser la clarté néo-classique. Conçu par l'architecte Pierre Meusnier pour Gilles Lefevre de Montifray, négociant et juge-consul, l'édifice témoigne d'une certaine ambition bourgeoise, celle d'afficher une réussite sociale par la sobriété calculée des formes plutôt que par l'ostentation. Sa localisation, jadis rue de l'Archevêché et aujourd'hui rue Émile-Zola, inscrit cet hôtel particulier dans un tissu urbain dense, caractéristique du Vieux-Tours, exigeant une certaine discrétion de façade. L'hôtel, à l'instar de nombreux hôtels particuliers de cette période, privilégiait probablement une ordonnance classique, avec une façade sur rue présentant une régularité et une symétrie qui étaient la marque de l'élégance. Les élévations devaient jouer sur la proportion des baies, la finesse des encadrements et une modeste parure sculptée, le tout édifié dans les matériaux locaux, comme le tuffeau, conférant à l'ensemble une patine lumineuse. L'agencement intérieur s'organisait traditionnellement autour d'une cour d'honneur, distribuant les salons de réception et les appartements privés, ménageant ainsi une transition entre l'espace public de la rue et l'intimité domestique. Meusnier, bien que n'étant pas un architecte de la renommée d'un Gabriel ou d'un Soufflot, a su traduire les aspirations de son commanditaire en une architecture de qualité, respectant les canons de son temps sans verser dans l'extravagance. Il est intéressant de noter que le bâtiment, initialement connu sous le nom d'Hôtel Lefevre, a vu son identité se transformer avec l'acquisition par Alfred Mame en 1872, puis sa transmission à son fils Paul. La famille Mame, dynastie d'imprimeurs-éditeurs dont l'influence fut considérable à Tours, a conféré au lieu une nouvelle résonance, celle d'une transmission du prestige. Un bâtiment dont la vocation initiale fut de magnifier le statut d'un négociant a ainsi endossé, près d'un siècle plus tard, l'héritage d'une famille industrielle et culturelle emblématique, marquant de son nom un monument qui, par-delà les siècles, conserve une certaine dignité. Son classement au titre des monuments historiques en 1942 n'est qu'une reconnaissance tardive d'une architecture qui, sans jamais crier à la grandeur, témoigne avec constance d'un art de vivre et d'une conception de l'urbanité propres à son époque. On regrettera que l'article de l'abbé Louis-Auguste Bosseboeuf, évoquant les maisons historiques de Tours, ne soit pas plus amplement cité pour éclairer les subtilités d'un édifice dont la discrète élégance mérite une attention plus soutenue.