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Maison des Étudiants

Maison des Étudiants

13-15 rue de la Bûcherie, Paris 5e

L'Envolée de l'Architecte

L'édifice sis aux numéros 13 et 15 de la rue de la Bûcherie, que l'on nomme aujourd'hui avec une certaine coquetterie "Hôtel de la Bûcherie", se présente d'abord comme une agrégation discrète, un continuum urbain qui masque la profondeur de son ancrage historique. Loin des déclarations architecturales grandiloquentes, il incarne la sédimentation patiente de près de sept siècles d'activités, débutant par l'implantation de la vénérable faculté de médecine de Paris dès 1369. Ce n'était point un dessein unifié, mais une acquisition progressive, parcellaire, de modestes maisons riveraines – du "Soufflet" à l'"Image-Ste-Catherine" – qui tissa le complexe académique, doté d'un jardin botanique, d'une bibliothèque, d'une salle des actes et d'un théâtre anatomique sans cesse rebâti, à l'image du célèbre amphithéâtre de Riolan. Sa volumétrie actuelle résulte davantage d'un empilement fonctionnel que d'une vision unitaire. Les contingences topographiques de ce quartier de rive ne furent jamais un détail pittoresque. Les crues de la Seine rythmaient, avec une régularité presque liturgique, l'existence des lieux, imposant des rénovations sporadiques, tel le geste de Michel Le Masle au XVIIe siècle, gravé sur une plaque commémorative, éloge du pragmatisme face à la fatalité hydrique. Cette persistance des éléments naturels fut sans doute un ferment de la résilience de l'édifice, mais aussi un motif d'exaspération. L'architecture, alors, était davantage une affaire de nécessité que de quête esthétique. Il fallut l'aiguillon d'une rivalité corporatiste pour que l'ambition s'affirme : la reconstruction de l'amphithéâtre de Riolan dans les années 1740, sous la direction de l'architecte Barbier de Blignier, fut une réponse directe à l'opulence du nouvel amphithéâtre des chirurgiens. L'inauguration de 1745, par Jacques-Bénigne Winslow, en présence de ces derniers, n'était pas seulement une démonstration anatomique, mais une affirmation architecturale et institutionnelle, un duel de prestiges cristallisé dans la pierre. Pourtant, cette tentative de modernité fut vaine. Les lieux, toujours trop exigus, toujours inondés, furent délaissés par la faculté dès 1775, emportée par les soubresauts révolutionnaires et la refonte des institutions. L'édifice connut alors une de ces métamorphoses dont seule l'histoire urbaine a le secret, passant du temple du savoir à une succession d'usages profanes : atelier, logement, hôtel, voire maison close. L'apogée de cette mutation singulière fut sans doute la conversion de l'amphithéâtre de Winslow, cette rotonde monumentale, en un lavoir bruyant et joyeux, le "lavoir Colbert", comme en témoigne Auguste Vitu en 1890. Une inversion symbolique frappante, le lieu de la dissection anatomique et de la contemplation académique devenant celui du labeur quotidien et des effluves de lessive, un déclassement fascinant qui révèle la plasticité fonctionnelle de l'architecture. Le salut survint à la fin du XIXe siècle, lorsque la Mairie de Paris racheta le site en 1898, le soustrayant à une destruction certaine. Le classement à l'inventaire des monuments historiques en 1907 permit une première réhabilitation d'envergure. Le projet de "Maison des Étudiants" confié à l'architecte municipal Georges Debrie, au début du XXe siècle, fut l'occasion d'une réinterprétation, sans doute plus ordonnée, du complexe hétéroclite, lui conférant cette apparence plus uniforme que nous connaissons. Après avoir accueilli, entre autres, la bibliothèque russe Tourguenev – victime des spoliations durant l'Occupation – et les services sociaux de la Mairie, le site est aujourd'hui le Philanthro-lab. Sa pérennité, à travers tant de vocations diverses, témoigne moins d'une architecture visionnaire que d'une remarquable adaptabilité structurelle, une leçon d'humilité face aux grands gestes, où le bâti modeste survit par sa capacité à épouser les besoins changeants de la ville, un véritable palimpseste fonctionnel.