1 rue du Palais-de-Justice Rue Saint-Jean Rue de la Bombarde Place Paul-Duquaire, 5e arrondissement, Lyon
Le palais de justice de Lyon, familièrement désigné sous le nom des vingt-quatre colonnes, affirme une présence monumentale sur les quais de Saône, au cœur même du Vieux Lyon. Cet édifice, un exemple notable de l'architecture néoclassique française, fut la réponse du XIXe siècle à une exigence de dignité et de permanence pour l'institution judiciaire. Sa façade, ordonnancée avec une rigueur académique, déploie en effet un impressionnant péristyle, une composition classique qui confère à l'ensemble une solennité presque intemporelle, bien que son histoire soit celle de reconstructions successives sur un site séculaire. Avant l'œuvre de Louis-Pierre Baltard, la justice lyonnaise avait déjà connu une succession de demeures, depuis la maison de Roanne jusqu'à un premier palais ruiné à la fin du XVIIIe siècle. Le projet de Baltard, lauréat d'un concours en 1828, s'inscrivit dans une volonté politique de modernisation urbaine et de manifestation visible de l'autorité de l'État. Les travaux, entamés en 1835 et achevés en 1847, donnèrent naissance à une structure robuste, édifiée en pierre de taille provenant de carrières diverses telles que Villebois ou Crussol, avec des charpentes en bois. Ce choix de matériaux durables participe à l'expression d'une architecture se voulant inaltérable, à l'image des principes qu'elle est censée incarner. À l'intérieur, la salle des pas perdus s'impose par ses dimensions exceptionnelles, un espace de 625 mètres carrés et de 17 mètres de hauteur, conçu non seulement comme un lieu de transition mais aussi comme une sorte de forum, où le public et les professionnels du droit se côtoient avant d'affronter les arcanes de la justice. Elle est ornée de bas-reliefs, dont celui de Jean-François Legendre-Héral figurant La ville de Lyon accueillant les Beaux-Arts, le Commerce, l'Industrie et l'Agriculture, et celui de Guillaume Bonnet, La Justice punissant le Crime, des allégories qui ancrent l'édifice dans une tradition symbolique forte. L'œuvre de Baltard ne fut pas qu'un simple bâtiment fonctionnel; elle fut une déclaration architecturale, un rappel constant de l'ordre et de la loi. Les sculptures de la Force et de la Justice par François Félix Roubaud, taillées dans la pierre de Seyssel, renforcent cette intention pédagogique et symbolique sur la façade côté rue Saint-Jean. Au fil des décennies, ce palais a été le théâtre de moments cruciaux de l'histoire judiciaire française. On y a jugé des figures comme Sante Geronimo Caserio, l'anarchiste assassin du président Sadi Carnot en 1894, ou Charles Maurras en 1945. Plus récemment, en 1987, il fut le cadre du procès de Klaus Barbie, un événement qui nécessita d'ailleurs l'aménagement exceptionnel de la salle des pas perdus en salle d'assises géante, capable d'accueillir 750 personnes, soulignant ainsi la capacité de l'architecture à s'adapter, même temporairement, aux contingences de l'histoire. Une plaque y rappelle également la mémoire du juge François Renaud, assassiné en 1975, tandis que le cinéma, avec Claude Lelouch, a su capturer son atmosphère pour la postérité. Bien que le tribunal de grande instance ait déménagé en 1995 vers un édifice plus contemporain à la Part-Dieu, la cour d’appel et la cour d’assises du Rhône continuent d'y siéger, perpétuant l'héritage de ce lieu. Une vaste rénovation, achevée en 2012, a permis d'adapter les lieux aux normes modernes tout en préservant son caractère patrimonial, assurant que cette imposante composition néoclassique continue de veiller sur le cours de la justice lyonnaise.