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Église Sainte-Marie-Madeleine du Bellay-en-Vexin

Église Sainte-Marie-Madeleine du Bellay-en-Vexin

Le Village, Le Bellay-en-Vexin

L'Envolée de l'Architecte

L'église Sainte-Marie-Madeleine du Bellay-en-Vexin offre une illustration presque didactique des stratifications architecturales, dissimulant sous une apparente sobriété extérieure une succession de campagnes de construction qui en font un véritable registre stylistique. Son plan cruciforme, d'abord romain, s'est vu maintes fois réinterprété. La nef, vaste salle rectangulaire aux allures de grange, n'est en réalité qu'une enveloppe profondément remaniée, dont les murs gouttereaux ont été exhaussés, et où les ouvertures primitives en plein cintre côtoient désormais des lancettes gothiques, une curieuse hétérogénéité des percements. C'est dans la base du clocher, servant de carré de transept, que réside l'intérêt archéologique le plus manifeste. On y observe une coexistence saisissante de chapiteaux romans, certains aux simples feuilles plates, d'autres ornés de têtes de monstres crachant des rinceaux ou de scènes figurées, aux côtés de fûts et de voûtes gothiques rayonnantes. Les arcs en plein cintre vers la nef et le chœur se confrontent aux arcs brisés des croisillons, témoignant de phases d'édification distinctes. Une particularité locale, ces passages dits berrichons, furent percés tardivement, entamant sans scrupule les contreforts et soulignant l'ingéniosité, ou la désinvolture, des ajustements pragmatiques. Le croisillon sud, devenu chapelle de la Vierge, se révèle une élégante expression du gothique rayonnant tardif, offrant une modénature plus affinée et des sculptures de crochets soignés, contrastant avec la robustesse romane. Au nord, le début du XVIe siècle a vu s'élever une chapelle flamboyante, dont la finesse des meneaux et le profil prismatique des nervures se fondent avec une rare aisance dans les piliers ondulés, démontrant une maîtrise certaine, nonobstant la survivance d'un vestige de mur roman imposant ici un cul-de-lampe. Quant au chœur, reconstruit au milieu du XVIe siècle, il s'inscrit dans une Renaissance d'une simplicité quasi-ascétique, dénuée de fioritures, au point que certains y ont vu une absence de goût. À l'extérieur, le clocher en bâtière, dont seul l'étage de beffroi émerge réellement des toitures, est un exemple canonique du gothique vexinois, avec ses doubles archivoltes, ses colonnettes appareillées et ses singulières têtes de monstres saillantes, bien qu'il ait abandonné le projet initial d'une flèche octogonale. La façade occidentale de la nef, en pierre de taille, dissimule habilement ses transformations derrière une composition simple mais efficace. Les parties orientales, avec leur pierre de taille et leurs contreforts aux larmiers successifs, témoignent de la volonté d'une construction soignée, parfois ingénieusement adaptée à son environnement, tel ce passage ménagé entre l'église et la ferme voisine. Le mobilier, quant à lui, ponctue l'édifice de repères historiques : la cloche de 1535, rescapée de la Révolution, le groupe de la Pietà du XVe siècle, la sainte Madeleine du même siècle, parfois mal identifiée au gré des restaurations, et un imposant retable baroque du XVIIe siècle, d'une composition équilibrée et sobre, dont les tableaux – l'Adoration des bergers de Du Fresnoy et une Madeleine pénitente attribuée à Santerre – ajoutent une touche d'art classique à cet ensemble hétéroclite. Un édifice qui, malgré ses réfections et son usage désormais espacé, demeure un témoin éloquent des évolutions architecturales d'un Vexin au fil des siècles.