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Hôtel de préfecture de la Loire-Atlantique

Hôtel de préfecture de la Loire-Atlantique

6 quai Ceineray place Roger-Salengro, Nantes

L'Envolée de l'Architecte

L'hôtel de préfecture de la Loire-Atlantique, édifice aujourd'hui ancré sur les quais de l'Erdre à Nantes, porte en ses fondations l'écho d'une longue histoire institutionnelle. Conçu initialement pour la Chambre des comptes de Bretagne, sa genèse remonte à 1492 sous Anne de Bretagne, puis Louis XII, mais ce n'est qu'en 1515 que François Ier initie la construction du premier bâtiment, achevé en 1553. Ce premier ouvrage, malgré sa fonction prestigieuse, fut vite dépassé par le poids colossal des archives qu'il devait abriter, menaçant ruine dès le XVIIIe siècle. L'architecte Jean-Baptiste Ceineray, nommé en 1759, se vit confier la mission délicate de reconstruire cet immeuble emblématique. Ce fut l'une de ses premières œuvres majeures, et la seule réalisation publique entièrement menée à terme par ses soins, intégrant l'édifice dans une vision urbanistique plus vaste pour la ville. Le chantier fut semé d'embûches, révélant la complexité de l'ancrage dans un sol alluvial, nécessitant des fondations sur pilotis, une technique coûteuse et exigeante. Les vicissitudes politiques, notamment la querelle entre les États de Bretagne et l'administration royale, furent exacerbées par des considérations financières, les dépenses dépassant allègrement les prévisions initiales. Une anecdote savoureuse concerne la controverse des écus : les États désirant les symboles de France et de Bretagne sur les deux frontons, là où l'administration royale n'en voulait qu'un par façade. Ceineray dut également faire face à de vives critiques concernant la conception de son grand escalier, une polémique qui mobilisa des figures comme Perronet et fut finalement éclaircie par son jeune disciple Mathurin Crucy. L'architecture de Ceineray s'inscrit pleinement dans le courant néoclassique, s'inspirant des canons de l'architecture royale promus par Ange-Jacques Gabriel et Jacques-François Blondel. L'édifice rectangulaire, d'une longueur remarquable par rapport à sa hauteur, présente une symétrie rigoureuse. Chaque façade principale est animée par un portique à quatre colonnes ioniques supportant un fronton triangulaire, autrefois orné des armes royales et provinciales. Les angles sont subtilement marqués par des refends, et des pilastres rythment les ouvertures de la façade sud, où les sculptures de Charles Robinot-Bertrand célèbrent la religion et la justice. Le soubassement, plus élevé côté nord en raison du dénivelé, abritait des caves voûtées pour les archives, tandis que le sud offrait un accès par un perron. L'intérieur, organisé autour d'un grand vestibule et d'un escalier double monumental, révélait des salles prestigieuses comme celle des procureurs, richement décorée de pilastres et de symboles locaux tels que la fleur de lys et l'hermine. Tragiquement pour la Chambre des comptes, elle n'occupa les lieux que moins d'une décennie avant sa suppression en 1790. Le bâtiment devint préfecture en 1800. Des ajouts ultérieurs au XIXe siècle, comme les ailes latérales et un jardin avec grille, ont malheureusement modifié la perception originelle de l'œuvre. Ces aménagements, couplés à l'élévation des bâtiments environnants et à la position en contrebas de la cathédrale, tendent à écraser la majesté de l'édifice, masquant son soubassement et altérant son équilibre. Stendhal, dans ses Mémoires d'un touriste, fut sans pitié, qualifiant le monument d'architecture nigaude, jugement sévère mais qui reflète peut-être l'impression laissée par ces transformations. Si certains critiques, comme Pierre Lelièvre, ont jugé l'œuvre de Ceineray harmonieuse mais somme toute banale sans ces altérations, d'autres, à l'image d'Hélène Rousteau-Chambon, la considèrent comme un chef-d'œuvre, un coup d'éclat réussi par l'emprunt audacieux du vocabulaire parisien. L'édifice reste néanmoins un témoignage précieux de l'architecture civile du XVIIIe siècle, dont la lecture demande un œil averti pour distinguer l'intention originelle des superpositions d'aménagements et d'influences.