8 rue de l'Héronnière Cours Cambronne, Nantes
L'Hôtel Scheult, se distinguant parmi l'ordonnancement rigoureux du Cours Cambronne à Nantes, s'affirme comme une singularité architecturale. Œuvre de François-Léonard Seheult, qui en fit sa propre demeure à partir de 1824, cet hôtel particulier ne se contente pas d'afficher un style néo-classique teinté d'éclectisme; il fut originellement baptisé l'hôtel des Cariatides, un indice non négligeable de ses ambitions décoratives. Il est, fait notable, le seul immeuble du Cours à bénéficier d'une protection aux monuments historiques sur ses deux façades, celle donnant sur le cours Cambronne et celle de la rue de l'Héronnière, témoignage de la valeur intrinsèque de son ordonnancement. L'analyse de cet édifice révèle une application presque programmatique des théories de son architecte. La façade, organisée en registres, s'ouvre sur un grand porche en plein-cintre, et déploie avec une certaine ostentation le motif de la serlienne. Les ornements sculptés abondent, culminant avec les cariatides qui donnèrent son nom primitif à l'édifice. Seheult, pétri de références antiques et classiques, ne se contente pas d'une simple citation. Il grave dans des niches les noms qui l'inspirent : Raphaël, Canova, les maîtres grecs, et les figures françaises des dix-septième et dix-huitième siècles. Cette démarche, plus qu'un hommage, est une déclaration d'intentions. L'architecte met en œuvre une hiérarchisation des inspirations empruntées aux mondes égyptien, grec et romain, progressant vers le faîte de l'immeuble. Cette progression ascendante des sources, du plus ancien au plus raffiné, est une traduction bâtie de son érudition, une forme de collage cultivé, dont les fondations intellectuelles se trouvent probablement dans les études de Piranèse, suite à son voyage en Italie. L'ensemble n'est pas une fusion, mais une superposition délibérée, presque didactique, des emprunts. Au-delà des enveloppes extérieures, l'intérieur de l'hôtel n'est pas en reste. Plusieurs de ses pièces et leur décor, répartis sur les étages, de l'appartement de Madame Boscher au premier, aux salons de Mademoiselle Le Masne de Chermont au quatrième, sont également classés. Cela souligne une cohérence dans la conception, où l'attention portée au détail et à la décoration s'étend bien au-delà de la seule représentation publique. Son histoire fut marquée, pour l'anecdote, par une singulière fortune pendant la Seconde Guerre mondiale. Alors que ses voisins immédiats furent foudroyés par les bombardements de 1943, l'hôtel Scheult en sortit épargné, comme si son académique solidité avait pu faire front aux caprices du destin. L'édifice, restauré en 2015 pour sa façade sud, continue d'incarner une certaine vision de l'architecture du début du XIXe siècle, une œuvre dont la complexité et la rigueur ont été saluées par des études approfondies, le qualifiant notamment de manifeste d'un architecte néoclassique, reconnaissant ainsi la profondeur de la réflexion sous-jacente à sa construction.