Rue Carnot, Romainville
L'église Saint-Germain-l'Auxerrois de Romainville, achevée en 1787, porte la signature d'Alexandre-Théodore Brongniart, une attribution qui, pour le connaisseur, invite à une observation nuancée. Brongniart, architecte du roi et figure éminente de l'Académie royale d'architecture, est davantage célébré pour ses compositions parisiennes de grande envergure que pour les modestes édifices paroissiaux de la périphérie. Cet ouvrage romainvillois se présente comme une discrète, mais non moins significative, manifestation de la rigueur néoclassique. On y anticipe la clarté des volumes, la sobriété des lignes et l'économie du décor, autant de principes qui, à l'aube de la Révolution, marquaient le rejet des exubérances rococo au profit d'une rationalité empruntée à l'Antiquité gréco-romaine. Point de faste ici, mais une certaine dignité civique, où la fonction l'emporte sur l'ostentation. Le plein des murs, probablement en pierre locale ou enduite, devait équilibrer la régularité des percements, conférant à l'ensemble une allure posée et équilibrée, fidèle à l'esprit de l'époque. La genèse de l'édifice, en remplacement d'une église médiévale dont le vocable fut muté au fil des siècles, est révélatrice des mutations territoriales et des impératifs esthétiques. L'édification d'un château au XVIIe siècle, entraînant un besoin renouvelé pour le culte et le prestige seigneurial, a sans doute dicté les exigences d'une architecture plus conforme aux goûts d'une élite éclairée et moins attachée aux réminiscences gothiques. C'est l'un de ces compromis subtils entre le legs médiéval et l'impératif de modernité qui jalonnent l'histoire de nos communes. L'intérieur, dépouillé et axial, contraste avec les quelques reliques de l'édifice précédent – une Vierge à l'Enfant du XVIe siècle, des stalles en chêne de même époque, une autre Vierge du XVIIe-XVIIIe – transplantées dans un écrin qui, par sa géométrie, détonne avec leur facture plus ancienne. Ces éléments sont des échos d'une piété d'antan, un peu perdues dans la logique spatiale ordonnée par Brongniart, comme des vestiges d'un autre temps que l'architecte aurait dû intégrer, non sans une certaine ironie du sort, dans un ensemble auquel ils n'appartiennent plus stylistiquement. Le décret impérial de 1804, reléguant les sépultures hors les murs, témoigne d'une évolution non seulement hygiéniste mais aussi d'une rationalisation de l'espace urbain. Le cimetière paroissial, autrefois devant l'église, cédait la place à une nouvelle conception de la ville, où la mort, si elle restait sacrée, devait désormais s'éloigner du quotidien des vivants, marquant ainsi une sécularisation progressive des abords immédiats du lieu de culte. Pour Brongniart, dont la carrière fut marquée par des commandes d'État d'ampleur – l'Hôtel de Salm, siège de la Légion d'honneur, ou la Bourse de Paris, son chef-d'œuvre posthume –, Saint-Germain-l'Auxerrois de Romainville représente un projet plus modeste, celui de l'architecte au service des communautés locales. L'édifice, moins sujet aux débats que les grands chantiers urbains, incarne la solidité d'une tradition classique adaptée aux contraintes d'une paroisse, un pragmatisme teinté d'idéal. Il est d'ailleurs piquant de noter que Brongniart, ce héraut de la pierre et des ordres antiques, fut également un pionnier des serres à structure de fer et de verre, annonçant les innovations du siècle suivant. À Romainville, c'est la tradition qui domine, certes, mais imprégnée de cette clarté que l'on retrouve chez les esprits les plus vifs de son temps. Sa réception, probablement sans grand éclat médiatique, fut celle d'un édifice fonctionnel et décent, répondant aux attentes sans jamais chercher l'esclandre stylistique.