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Palais Rihour

Palais Rihour

Place Rihour, Lille

L'Envolée de l'Architecte

Le Palais Rihour, à Lille, n'offre plus aujourd'hui qu'un fragment d'une ambition ducale du XVe siècle. Ce qu'il en subsiste, relique d'un faste révolu, nous rappelle l'éphémère nature des constructions humaines face aux affres du temps et aux caprices des hommes. Ce n'est pas un monument monolithique, mais bien le témoignage d'une superposition de destructions et de restaurations qui en altèrent la pureté originelle. L'édification fut commanditée par Philippe le Bon en 1450, duc de Valois-Bourgogne, sur un îlot marécageux, un terrain peu propice dont la nature instable devait, avec une prévisibilité presque ironique, occasionner des dommages structurels prématurés. Le Magistrat de la ville, sollicité pour le financement, concéda six mille livres, une somme considérable pour l'époque, qui ne put cependant garantir l'excellence absolue des matériaux. L'architecte, Evrard de Mazières, eut à composer avec les contraintes d'un sol ingrat et, semble-t-il, la réticence du duc quant à l'emploi de la brique, privilégiant peut-être une pierre de Lezennes dont la médiocrité se révéla rapidement. Cet édifice, achevé sous Charles le Téméraire, fut initialement un quadrilatère structuré autour d'une cour d'honneur, bordé d'une barrière ornée de statues héraldiques, lions et griffons veillant sur cette résidence princière. L'histoire du Palais Rihour est celle d'une série de métamorphoses involontaires. Acquis par la ville en 1664 pour devenir la maison de ville, il subit des aménagements qui altérèrent sa façade septentrionale. Puis, les incendies se succédèrent avec une constance funeste : l'aile nord en 1700 après un bal, l'aile ouest en 1756. Ces désastres entraînèrent des reconstructions successives dans les styles de l'époque, instaurant une regrettable disparité. Il est même rapporté que Louis XV, hôte des lieux en 1744, ne s'y sentit guère à son aise, préférant après onze jours le confort de l'hôtel du Gouverneur, un détail qui en dit long sur l'atmosphère ou la praticité de l'édifice. La tentative de cohérence intervint en 1846, lorsque le palais fut démoli, puis reconstruit par Charles Benvignat en un style néo-Renaissance, préservant toutefois la chapelle du XVe siècle et son escalier d'honneur, habilement déplacé et pivoté de quatre-vingt-dix degrés. C'est dans ce contexte que la ville fut témoin, en 1857, de la seule exécution du Chant des chemins de fer d'Hector Berlioz de son vivant, une anecdote qui lie l'histoire du lieu à celle des arts. Mais le destin tragique du Rihour n'était pas scellé. Un nouvel incendie en 1916, au cœur de la Grande Guerre, ravagea une grande partie des archives et de la bibliothèque municipale, scellant la fin de sa fonction administrative. Aujourd'hui, de cet ensemble fastueux, il ne reste que la salle des gardes, voûtée d'ogives élancées, la chapelle, dite salle du Conclave, avec ses fenêtres à meneaux et une tourelle octogonale dissimulant un escalier à révolution. Ces vestiges, d'un gothique tardif, abritent désormais l'office de tourisme et des expositions temporaires, attestant de la capacité du passé à se réinventer dans une utilité plus modeste. En 2004, la reconstruction de son clocheton pour l'occasion de Lille Capitale européenne de la culture et l'exposition d'œuvres de Victor Vasarely lui ont offert un sursaut d'attention. Ironiquement, le Monument aux Morts, érigé en 1929 par Edgar Boutry et Jacques Alleman, occulte désormais en grande partie, pour qui arrive de la Grand-Place, ce qu'il reste de ce palais qui fut jadis le siège d'un pouvoir ducal. Le Palais Rihour est ainsi devenu un artefact urbain, moins une architecture autonome qu'une superposition de mémoires, un rappel des ambitions, des revers, et de l'obstination des Lillois à reconstruire sur les cendres du passé.