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Château de Grosbois

Château de Grosbois

Allée du Moulin, Boissy-Saint-Léger

L'Envolée de l'Architecte

Le château de Grosbois, composition de la Renaissance tardive, déploie à Boissy-Saint-Léger une silhouette en U dont le corps central, étrangement incurvé en exèdre, trahit une influence certaine des recherches de Jacques Androuet du Cerceau. Cet architecte anonyme, dont le nom s'est perdu dans les sables du temps, ne manqua pourtant pas d'audace formelle, insérant cette coquetterie classique au sein d'une composition par ailleurs ordonnancée. Juché sur une plate-forme cernée de fossés, il offre un accès maîtrisé par trois passerelles, inscrivant l'édifice dans une tradition de défense, même si l'apparat prime désormais sur la fonction militaire. Le plan, flanqué de pavillons de hauteur identique et d'ailes en retour d'équerre, procède d'une esthétique mesurée, où l'élégance prime sur la démesure. Initialement un domaine royal de chasse, acquis par Raoul Moreau, trésorier de l'Épargne au XVIe siècle, Grosbois passe ensuite aux mains de Nicolas de Harlay de Sancy, richissime surintendant des Finances et des Bâtiments du roi, à qui l'on doit le début du corps de logis central. Cet illustre personnage, non content d'avoir initié l'édification du château, légua également à la Couronne le célèbre diamant de Sancy, démontrant une certaine inclination pour le faste. Les Harlay s'y succèdent, et l'on y rencontre Achille Harlay, dont la réputation, immortalisée par Saint-Simon, laissait peu de doutes sur la teneur des relations familiales, confinées à des échanges épistolaires pourtant intra-muros. En 1616, le château inachevé fut cédé à Charles de Valois, duc d'Angoulême, fils naturel de Charles IX. Ce dernier, non sans une certaine élégance posthume, commandita pour son second mariage un décor mural par Abraham Bosse, redécouvert fortuitement en 1910 sous d'épaisses couches de papier peint, révélant ainsi les goûts d'une époque et les secrets d'une demeure. Le XVIIe siècle et le suivant virent une valse de propriétaires, reflétant les ascensions et les chutes de la cour. Grosbois accueillit Samuel-Jacques Bernard, fils du grand financier, qui y fit poser de raffinées boiseries Régence, puis Germain Louis Chauvelin, ministre disgracié, et même un ancien perruquier enrichi par le système de Law, François Marie Peyrenc de Moras, attestant des mobilités sociales de l'Ancien Régime. Le futur Louis XVIII, alors Monsieur, comte de Provence, s'y établit avant l'exil, ultime répit avant la tourmente révolutionnaire qui vit le château confisqué comme bien national, puis acquis par Barras, l'éphémère roi du Directoire. La période impériale fut marquée par le maréchal Berthier, Grand Veneur de Napoléon, qui transforma Grosbois en un domaine de chasse fastueux, rivalisant avec Fontainebleau. Avec un zèle caractéristique, il entreprit de le remodeler à la gloire de l'Empereur, créant la célèbre galerie des Batailles et y abritant même, une nuit d'avril 1814, le jeune Roi de Rome. L'histoire veut que Berthier y exposât des toiles d'Oudry, récupérées après la Révolution, et mourut défenestré peu après l'abdication de l'Empereur. Le XXe siècle apporta son lot de métamorphoses, avec l'aménagement d'une surprenante salle d'habillage moderniste par Eugène Printz dans les années 1930, mêlant aluminium et tradition. Durant la Seconde Guerre mondiale, le château servit de siège à la Luftwaffe, et certaines de ses ailes furent le théâtre d'intrigues plus personnelles, accueillant les rendez-vous galants d'Arletty. Il devint ensuite un décor prisé par le cinéma avant de trouver sa vocation actuelle : depuis 1962, la Société d'encouragement à l'élevage du cheval français en est propriétaire, transformant le domaine en centre d'entraînement équestre, et abritant depuis 2010 un musée du trot, singulière conclusion pour une demeure qui, au fil des siècles, a su s'adapter, non sans panache, aux caprices de l'histoire et des hommes.