Aincourt
L'église Saint-Martin d'Aincourt présente le visage d'un édifice bien plus recomposé que préservé, une destinée commune à nombre de nos églises rurales dont la fortune ou les vicissitudes n'ont permis qu'une refonte quasi totale au XVIe siècle. L'ambition première, celle de la paroisse établie en 1141, s'est vue submergée par une reconstruction qui a redessiné son allure. Son plan cruciforme, classique, déploie une nef de quatre travées précédée d'un porche modeste. Cette dernière, singulièrement, n'est pas voûtée de pierre, mais couverte d'une charpente apparente en carène renversée. Une solution pragmatique, sans doute dictée par les contraintes matérielles de l'époque, qui confère cependant à l'espace une certaine élégance fonctionnelle, bien que dénuée de la monumentalité des voûtes ogivales. Le véritable intérêt architectural se concentre dans les parties orientales, où le style gothique flamboyant trouve à s'exprimer. La chapelle méridionale, attenante à la dernière travée de la nef, le croisillon sud du transept qui lui fait écho, et le chœur au chevet plat, constituent un ensemble cohérent. On y observe des baies dont le remplage arbore des entrelacs typiques de cette période tardive, parfois agrémentés d'un motif en cœur, détail curieux qui tempère l'austérité par une pointe de fantaisie. Les voûtements de ces sections, sur croisées d'ogives, sont ornés de clés pendantes, ajouts décoratifs qui marquent l'apogée d'une virtuosité sculpturale davantage que constructive. Au nord, le clocher carré s'élève sur le croisillon du transept, flanqué d'une tourelle d'escalier ronde, juxtaposition de volumes simple mais efficace. L'inscription de l'édifice aux monuments historiques en 1939, avec l'exclusion notable de la nef, suggère un jugement sélectif sur les mérites architecturaux de ses différentes campagnes de construction. Une distinction qui souligne la valeur accordée à l'expression flamboyante jugée plus significative que la charpente de la nef, si belle soit-elle dans sa modeste ambition. L'église d'Aincourt est donc moins un manifeste qu'une suite de compromis et d'adaptations, révélant les strates d'une histoire locale où le sacré s'est constamment réinventé sous des formes successives.