Place du Sanitat, Nantes
L'église Notre-Dame-de-Bon-Port, à Nantes, érigée au mitan du XIXe siècle par les architectes Saint-Félix Seheult et Joseph-Fleury Chenantais, s'inscrit dans un mouvement d'expansion urbaine et de réaffirmation stylistique post-révolutionnaire. Elle remplaça en 1852 une modeste église bâtie à la hâte, trop exiguë et déjà délabrée, dont l'existence ne fut qu'une parenthèse. Située sur l'emplacement de l'ancien hospice du Sanitat, face à la place éponyme, sa façade domine le Sanitat et ancre fermement le quartier, alors en pleine mutation portuaire. Loin des engouements néo-gothiques contemporains, tels que ceux de la basilique Saint-Nicolas, Notre-Dame-de-Bon-Port adopte une grammaire classique, se tournant vers le baroque de la Contre-Réforme. On y discerne sans peine l'emprunt à des modèles vénérables : un dôme qui évoque celui des Invalides, une façade principale qui n'est pas sans rappeler Saint-Pierre de Rome. Ce syncrétisme, somme toute fréquent à l'époque, révèle une quête de monumentalité et de légitimité à travers la citation des grands maîtres. La façade de trente mètres, organisée en deux niveaux superposés dorique et corinthien, articule une composition académique, où la partie centrale en avancée, avec son archivolte surélevée, tente de concilier la majesté romaine avec l'élancement recherché. L'édifice, de plan en croix grecque, s'inscrit dans un carré rigoureux de trente-huit mètres de côté. Le dôme, élément majeur, est couronné d'une lanterne et d'une flèche dont la croix culmine à soixante mètres. Il est intéressant de noter l'emploi, à l'époque audacieux, d'une charpente métallique pour alléger la masse et accentuer la finesse de l'ensemble, une prouesse technique qui dénote un certain pragmatisme derrière l'apparat classique. Le tambour qui le supporte est rythmé de pilastres jumelés et de petits frontons abritant des têtes de saints nantais, un détail pittoresque. À l'intérieur, la richesse des marqueteries et des parquets contrastait avec la lenteur de l'achèvement des décors peints, qui s'étalèrent sur plusieurs décennies, signés par des artistes tels qu'Alphonse Le Hénaff ou Joseph Gouézou. On se souviendra que la Cène de Henri-Pierre Picou, dans l'abside, fut recouverte par une œuvre plus moderne, un sort parfois ingrat réservé aux créations antérieures. L'orgue de Louis Debierre, installé en 1891, constitue à lui seul un chapitre notable. Cet instrument, chef-d'œuvre de la facture d'orgue du XIXe siècle, a innové par sa transmission électrique et son retour aux jeux de mutation. Debierre, avec une générosité quelque peu ostentatoire, en finança personnellement les ajouts, dont l'imposante tribune, assurant ainsi une acoustique remarquable sous le dôme. Enfin, l'église, officiellement Notre-Dame-de-Bon-Port, mais souvent désignée sous le nom d'église Saint-Louis en hommage à un généreux donateur, se pare de symboles marins, l'étoile, l'ancre et l'anneau, rappelant sans ambiguïté sa vocation tutélaire pour les gens de mer. Plus récemment, elle fut le théâtre d'un incident qui souligna l'âpreté des débats contemporains sur la fonction des lieux de culte, lorsqu'un concert organisé avec l'accord de l'évêché fut entravé par des opposants. Une preuve que même les pierres les plus vénérables ne sont pas à l'abri des turbulences de l'époque.