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Église Notre-Dame-la-Riche

Église Notre-Dame-la-Riche

Place La-Riche, Tours

L'Envolée de l'Architecte

L'église Notre-Dame-la-Riche, sise à Tours, se révèle d'abord comme une superposition complexe de strates historiques. Son site, investi dès le IVe siècle par saint Lidoire pour un cimetière chrétien, puis accueillant au Xe siècle une église Notre-Dame-la-Pauvre sur la tombe de saint Gatien, témoigne d'une continuité d'occupation remarquable. Cette persévérance, transformée en Notre-Dame-la-Riche dès 1141, n'a pourtant laissé que la crypte Saint-Gatien de ses premières incarnations. L'édifice que l'on perçoit aujourd'hui, reconstruit au XVe siècle sur des dimensions plus modestes, fut rudement éprouvé. Le sac protestant de 1562, qui endommagea nef et collatéraux, illustre les vicissitudes des guerres de religion, auxquelles succédèrent des restaurations dès 1570, puis des aménagements au XVIIIe siècle, telle la substitution d'un jubé de bois par une grille de ferronnerie en 1746, un signe clair de l'évolution des pratiques liturgiques et des sensibilités esthétiques de l'époque. La Révolution la relégua au rang de manufacture de salpêtre, une transformation aussi pragmatique que déroutante pour un lieu de culte. L'empreinte la plus significative sur la structure actuelle est indubitablement celle de Gustave Guérin, architecte qui, entre 1860 et 1866, entreprit une restauration d'envergure. Dans la lignée des pratiques du XIXe siècle, Guérin ne se contenta pas de panser les plaies du temps : il suréleva l'ensemble, remplaça l'ancienne couverture par des voûtes en brique – une solution constructive qui confère une nouvelle matérialité à l'espace – tout en réutilisant l'ancienne charpente pour la toiture, un compromis ingénieux entre préservation et rénovation. Les collatéraux et les portails ouest et sud furent intégralement reconstruits, conférant à l'église une allure qui, pour beaucoup, trahit une vision romantique du médiéval plutôt qu'une restitution archéologique stricte. Cette intervention de Guérin, bien qu'elle ait parfois masqué ou réinterprété les strates antérieures, a solidifié l'édifice et lui a permis de traverser les époques. L'intérieur recèle toutefois des trésors des siècles passés, à commencer par un ensemble de cinq statues du XVIIe siècle, œuvre du sculpteur Antoine Charpentier, figurant le Mariage de la sainte Vierge, initialement destiné au couvent des Minimes. Plusieurs verrières du XVIe siècle dispersent encore une lumière colorée, rappelant l'éclat des vitraux renaissants. On y découvre aussi, sur le mur latéral Nord, les reliques de Saint François de Paule, des objets de piété qui ancrent le lieu dans une tradition de dévotion. L'inscription aux monuments historiques en 1926 fut une reconnaissance tardive de cette superposition complexe d'époques et de styles, un témoignage de la résilience du bâti face aux aléas de l'histoire et aux impératifs successifs de la restauration.