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Lycée Paul-Langevin

Lycée Paul-Langevin

2, rue Maurice-Payret-Dortail, Suresnes

L'Envolée de l'Architecte

L'édification du Lycée Paul-Langevin à Suresnes, en 1927, s'inscrit dans un programme social et urbain audacieux, initié par le maire Henri Sellier, figure du socialisme municipal. Loin des spéculations haussmanniennes, ce projet sur le plateau nord, jadis agricole, répondait à la croissance démographique et aux besoins d'une main-d'œuvre industrielle en pleine expansion. L'architecte Maurice Payret-Dortail y déploie un modèle architectural alors avant-gardiste, rompant avec la massivité des établissements scolaires traditionnels. Plutôt qu'un bloc monolithique, l'édifice se décompose en une constellation de bâtiments à taille humaine, reliés mais distincts, organisés à la manière d'un campus. Cette disposition, avec ses cours intérieures et ses entrées particularisées, reflétait une volonté de fluidité et d'adaptation aux dénivelés du terrain. Les choix constructifs révèlent une modernité sans ostentation : une ossature en ciment armé, des poutrelles métalliques, et l'emploi de la brique de Dizy et de galets confèrent à l'ensemble une robustesse pragmatique. L'intégration de fenêtres à guillotine, d'une aération et d'un chauffage centraux, ainsi que d'équipements scientifiques de pointe (amphithéâtre, postes individuels d'expérience), témoigne d'une attention aux préceptes hygiénistes et à une pédagogie novatrice. La piscine avec bains-douches, le gymnase modulable et le réfectoire spacieux sont autant d'éléments qui soulignent cette ambition de modernité. L'esthétique n'est pas en reste, et c'est là que l'édifice se teinte d'une certaine emphase. La brique rouge et le béton sont choisis pour leur chaleur perçue, contrastant avec la sobriété habituelle des espaces d'enseignement. Des sculptures – comme les Centaures de Louis de Monard ou le Bûcheron de Paul Richer – des vases de la manufacture de Sèvres, et des céramiques ornent les façades, transformant l'institution en un musée à ciel ouvert. Les maximes gravées sur les murs, telles que « L'avenir des nations est dans les écoles du peuple », et les entrées aux arcatures plein cintre évoquant les porches ecclésiaux, confèrent au projet une dimension quasi messianique, reflétant la ferveur éducative de l'époque. L'intérieur, plus discret, n'en est pas moins soigné, avec ses boiseries, carreaux de faïence et rampes d'escalier aux lignes courbes, intégrant même, plus tard, des fresques de Youla Chapoval. Ironiquement, cette ambition initiale fut rapidement confrontée à la réalité : l'établissement, prévu pour un nombre modéré d'élèves, vit ses capacités dépassées dès la première année, nécessitant des agrandissements dès 1937 sous Georges Demay. Les affectations successives de ses locaux, notamment la transformation de la piscine en salle des professeurs, sont autant de témoins des adaptations successives et des compromis fonctionnels. Classé monument historique en partie, ce lycée, d'abord nommé Payret-Dortail, puis Bénès, et enfin Paul-Langevin, est un palimpseste architectural. Il incarne, au-delà de ses évolutions et de la désaffection que certaines de ses infrastructures ont pu connaître, une tentative singulière de marier l'utilité publique à une vision esthétique et sociale. Sa situation actuelle, confrontée aux enjeux de mixité sociale et à la vétusté ponctuelle, rappelle que même les édifices les plus idéalement conçus sont soumis aux inexorables pressions du temps et de la société.