25 rue du Commerce, Tours
L'Hôtel Goüin, modeste par sa position au cœur du Vieux-Tours, n'en demeure pas moins l'un des rares témoins éloquents de l'architecture civile de la Renaissance dans la ville, rescapé d'une histoire tourmentée. Cet édifice, classé monument historique dès 1941, témoigne moins d'une conception unitaire que d'une stratification d'interventions et d'ambitions successives. Son histoire débute au XVe siècle sous l'impulsion de Jean Gaudin, un marchand avisé qui, ayant su se rendre indispensable à la Cour de Charles VII, accumula titres et fortune. L'hôtel primitif, doté d'une entrée septentrionale et d'une tourelle d'escalier en vis, fut un prélude à des transformations plus ambitieuses. C'est véritablement au début du XVIe siècle, sous Nicolas Gaudin, trésorier d'Anne de Bretagne, que l'hôtel prend une dimension nouvelle. Il commande un remaniement d'une audace remarquable pour l'époque : l'adjonction d'un corps central hors-œuvre, flanqué de trois avant-corps, intégrant un porche, une loggia et des terrasses. Cette façade, où se rencontrent encore les derniers feux du gothique flamboyant et les prémices d'une Renaissance italienne naissante, est l'une des plus anciennes de Touraine dans ce registre, précédant même la construction de joyaux comme Azay-le-Rideau. Elle illustre cette période de transition où la symétrie classique commençait à tempérer la fantaisie médiévale. Le bien connut ensuite une succession de propriétaires, reflets de l'élite marchande et administrative tourangelle, avant de passer, en 1738, à la famille Goüin. Henri-François Goüin, fondateur d'une banque florissante, y installa son siège et sa descendance, marquant l'hôtel de son nom pour les deux siècles à venir. Cette période voit l'édifice se muer. Les Goüin, soucieux de modernité et de prestige, démolirent des constructions adjacentes pour agrandir la cour sud, remplacèrent une galerie ancienne par le portail actuel, et modifièrent la façade nord. En 1810, Alexandre-Pierre-François Goüin de La Grandière poussa l'ouverture en abattant le bâtiment fermant la cour, affirmant une nouvelle relation entre l'hôtel et la rue, plus ostentatoire, en phase avec les Lumières. Les restaurations des XIXe et XXe siècles, menées par des architectes comme les Meffre, soulignent une volonté constante de maintenir son éclat. Cependant, l'épreuve la plus cruelle survint avec les bombardements de 1940, qui laissèrent l'hôtel Goüin presque entièrement en ruines, à l'exception notable de sa façade sud et de sa tourelle d'escalier. Sa reconstitution partielle dans les années 1950, orchestrée par Bernard Vitry, fut un acte de mémoire, mais aussi une acceptation de la perte : seul le corps de logis principal et le portail furent relevés, tandis que d'autres dépendances et l'ancien jardin disparurent à jamais. C'est une architecture qui, par ses vestiges gallo-romains et les découvertes récentes d'une maison du XIIe siècle sous sa cour, nous invite à contempler les strates successives de l'habitat urbain. L'intégration au premier étage d'une imposante cheminée provenant de l'Hôtel du Sanglier, dit de la Maison d'Agnès Sorel, ajoute une touche d'érudition, presque muséale, à cet ensemble complexe. Cédé pour un franc symbolique en 1977 au Conseil général, faute de moyens pour son entretien, l'hôtel Goüin est devenu un musée, témoin silencieux des évolutions urbaines et sociales, où chaque pierre murmure l'histoire des ambitions et des renaissances de Tours.