5 place Maréchal-Foch Cours Saint-Pierre Cours Saint-André, Nantes
L'ambition de l'urbanisme nantais au XVIIIe siècle, notamment sous l'égide de Jean-Baptiste Ceineray puis de Mathurin Crucy, se révèle pleinement dans l'ordonnancement de la Place d'Armes, aujourd'hui Maréchal-Foch. Ce n'est pas tant l'édifice seul qui retient l'attention que sa participation à un ensemble pensé, une partition orchestrée pour structurer un espace dégagé des vestiges médiévaux. L'hôtel Montaudouin, érigé à la fin du XVIIIe siècle, constitue une pierre angulaire de cette composition néoclassique, témoignant des volontés de régularité et de monumentalité qui animèrent la ville après la destruction des remparts du XVe siècle. Ceineray, architecte de la ville dès 1770, avait tracé les grandes lignes de cette transformation, redessinant les cours Saint-Pierre et Saint-André et imaginant une symétrie rigoureuse autour de sa nouvelle place rectangulaire. Son projet initial pour la parcelle de l'hôtel Montaudouin prévoyait des amorces de rues latérales, cherchant une réplique formelle à l'Hôtel d'Aux, son propre ouvrage achevé en 1774. L'échec de la destruction de la Porte Saint-Pierre, subsistant encore à ce jour, est un rappel discret des compromis inévitables même dans les plus grandes visions urbaines. Lorsque Mathurin Crucy lui succède en 1780, le plan évolue avec une astuce architecturale qui confère à l'Hôtel Montaudouin sa singularité. Respectant la symétrie voulue par Ceineray, Crucy décide de fendre la parcelle par une voie centrale, l'actuelle rue Chauvin, dont l'accès depuis la place est magnifié par un porche surmonté d'une colonnade. Ce stratagème habile permettait non seulement de renforcer l'axe de composition, mais aussi d'intégrer une fonctionnalité urbaine à la majesté du bâti. Le chantier, lancé en 1783 pour Monsieur de Martel, verra la belle-mère de ce dernier, Madame Montaudouin de la Clartière, et Madame veuve Dulac, occuper distinctement les deux parties de l'édifice, expliquant sa double désignation historique et son inscription en deux temps aux monuments historiques en 1951 et 1954. La façade Est, celle qui regarde la Place Maréchal-Foch, révèle l'influence palladienne avec son avant-corps central saillant. Ce dernier, campé sur un soubassement à refends d'une sobriété étudiée, est percé d'un porche central flanqué de portes rectangulaires, menant à la rue Chauvin. Au-dessus, un balcon accueille une loggia à l'italienne, encadrée par quatre colonnes corinthiennes monumentales qui soutiennent un fronton triangulaire orné d'armoiries sculptées. Ce fronton, en dialogue visuel avec celui de l'Hôtel d'Aux, parachève l'harmonie classique recherchée. Les façades latérales, notamment celle de la rue de l'Évêché, adoptent de grandes arcades, une composition sobre mais efficace pour un édifice qui, par sa prestance et son insertion urbaine, a contribué à définir l'élégance du Nantes du Siècle des Lumières, un urbanisme où la pierre et le vide s'organisent en une éloquente rhétorique civique.