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Allée couverte de la côte du Libéra

Allée couverte de la côte du Libéra

Côte du Libéra, Arronville

L'Envolée de l'Architecte

L'on pourrait s'étonner de la discrétion avec laquelle se dévoilent certains vestiges du passé, même ceux qui, par leur masse, défient les âges. L'allée couverte de la Côte du Libéra, sur le modeste coteau d'Arronville, n'échappe pas à cette règle, n'ayant refait surface qu'en mille huit cent quatre-vingt-quatre, non par une quête archéologique méthodique, mais par la prosaïque intervention d'une carrière exploitant le calcaire lutétien. Un rappel opportun que la terre garde jalousement ses secrets jusqu'à ce que l'homme, par nécessité ou par inadvertance, ne la trouble. Nichée à une altitude de quatre-vingt-dix mètres, sur le coteau escarpé qui borde la rive est du Sausseron, cette allée couverte s'inscrit dans le paysage avec une sobriété toute fonctionnelle, s'orientant selon un axe est-sud-est/ouest-nord-ouest, l'entrée à l'ouest-nord-ouest, épousant ainsi la pente naturelle. Elle se distingue par une conception qui mêle l'artifice de l'hypogée à la persistance du mégalithe. Creusée sur les deux tiers de sa longueur dans le banc de calcaire, elle atteint douze mètres de long pour une largeur variant d'un mètre soixante-quinze à deux mètres, avec une hauteur sous plafond d'un mètre quatre-vingts à l'entrée. Le chevet, dont le plafond originel fut malheureusement dégradé par les carriers, aurait pu culminer à deux mètres cinquante. Ses parois latérales, érigées d'une dizaine d'orthostates calcaires dont la hauteur s'échelonne entre soixante-cinq centimètres et un mètre quatre-vingts, étaient surmontées de couches de pierres sèches, un dispositif empirique mais efficace pour rattraper l'irrégularité du plafond naturel. La couverture du dernier tiers subsiste, une dalle massive de près de trois mètres par trois, lourde de cinquante-cinq centimètres, vestige d'une composition peut-être plus étendue, dont la partie supérieure de l'entrée a hélas disparu, rendant vaine toute reconstitution précise. L'accès à cette chambre funéraire était résolument contraint. Une dalle dressée, perforée d'un « trou d'homme » aux contours adoucis, définissait l'entrée. Mesurant cinquante-six centimètres de haut pour cinquante-huit de large, cette ouverture, loin d'être accueillante, suggère un passage ritualisé, un seuil où l'on se courbe. Les cavités et cupules ornant sa face extérieure pourraient bien avoir eu une fonction symbolique, au-delà de leur rôle potentiel dans le blocage du bouchon, aujourd'hui égaré. Le sol intérieur, soigné, était dallé de plaquettes de calcaire, soulignant une certaine dignité conférée aux lieux. La découverte fortuite, en mille huit cent quatre-vingt-quatre, fut conduite par une commission de notables locaux, non sans une certaine hâte. On y dénombra, par les soins de l'abbé Grimot, pas moins de cent quatre-vingts crânes, un recensement macabre de défunts de tous âges. Fait regrettable, et malheureusement caractéristique des pratiques de l'époque, ces vestiges humains furent dispersés et perdus, privant la postérité d'une précieuse étude anthropologique. Le mobilier, rudimentaire, composé d'outils de silex, d'un poinçon en os et de fragments de céramique à impressions, témoigne néanmoins d'une culture matérielle propre au Néolithique final, souvent associée aux cultures Seine-Oise-Marne. L'allée couverte, classée monument historique en mille neuf cent soixante-trois, n'a pas été exempte de vicissitudes. Son antichambre fut ainsi sacrifiée dès mille neuf cent un, engloutie par l'élargissement d'une route adjacente, un rappel cinglant des priorités parfois divergentes entre l'impératif moderne et la préservation du patrimoine immémorial. Elle reste, malgré ces pertes, un témoignage éloquent d'une architecture funéraire primordiale, où la pierre brute sculptait le passage vers l'au-delà.