20 rue des Quatre-Fils 9 ruelle Sourdis, Paris 3e
L'Hôtel Le Ferron, discret logis sis au carrefour de la rue des Quatre-Fils et de la ruelle Sourdis, n'est pas de ces édifices dont la splendeur bouscule les sens, mais plutôt de ceux qui incarnent avec une certaine retenue l'ambition sociale et le goût d'une bourgeoisie d'Ancien Régime. Sa localisation, légèrement en retrait des artères majeures, évoque une aspiration à une quiétude urbaine, typique de ces commanditaires désireux d'un confort distingué sans l'ostentation parfois tapageuse des grands hôtels princiers. L'acquisition en 1719 par Nicolas Le Féron, puis la reconstruction entre 1732 et 1734 sous l'égide de René Berger, receveur général et payeur des rentes de la Ville de Paris, placent résolument l'édifice dans l'interstice stylistique entre la fin de la Régence et l'aube du Louis XV. Cette période, empreinte d'une certaine libération des contraintes classiques héritées du Grand Siècle, voit l'émergence de façades moins austères, une recherche de l'agrément et une attention particulière aux intérieurs. Si le nom de l'architecte nous échappe, ce qui n'est pas rare pour les commanditaires fortunés de l'époque qui privilégiaient souvent la discrétion de maîtres d'œuvre compétents mais moins illustres que les Le Vau ou Mansart, l'hôtel dut se conformer aux canons de son temps. On y devine aisément le plan classique en « entre cour et jardin », savante orchestration du parcours entre le monde extérieur et l'intimité domestique. La porte cochère, seule véritable concession à une certaine grandiloquence, ouvrait sur une cour d'honneur distribuant le corps de logis principal. Sur rue, l'ordonnance se serait voulue sobre, peut-être animée de refends sur le soubassement, de chaînages harpés aux angles et de fenêtres dont les linteaux auraient pu s'ornementer de légers motifs rocaille, délicatement ciselés dans la pierre calcaire de Paris. L'aile secondaire donnant sur la ruelle Sourdis, quant à elle, aurait probablement affiché une fonction plus pragmatique, un service et des dépendances, son esthétique subordonnée à l'utilité. Les intérieurs, sans doute réagencés au fil des propriétaires, durent receler ces boiseries sculptées, ces cheminées de marbre et ces parquets à la Versailles qui faisaient alors le faste discret de ces demeures. L'histoire du lieu s'enrichit singulièrement avec l'acquisition en 1785 par Romain de Sèze, l'un des avocats qui eut la charge ingrate et périlleuse de défendre Louis XVI devant la Convention. C'est en ces murs qu'il vécut les tourments et les honneurs d'une époque troublée, finissant Pair de France sous la Restauration et y décédant en 1828. Cette filiation confère à l'édifice une patine historique certaine, au-delà de ses seules qualités architecturales. L'inscription de l'hôtel au titre des monuments historiques en 1961 témoigne de sa valeur patrimoniale, non pas comme chef-d'œuvre révolutionnaire, mais comme un témoignage éloquent et représentatif d'une typologie d'habitat parisien, reflétant les modes de vie et les ambitions d'une élite financière et juridique qui façonna le tissu urbain de la capitale. Il demeure ainsi, dans sa discrétion, un observatoire privilégié des mutations stylistiques et sociales du XVIIIe siècle parisien.