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Grand Palais

Grand Palais

Avenue Winston-Churchill Avenue Franklin-D.-Roosevelt Cours la Reine avenue du Général-Eisenhower, Paris 8e

L'Envolée de l'Architecte

Le Grand Palais, édifié pour l'Exposition universelle de 1900, se présente comme un singulier compromis architectural, emblématique de l'éclectisme fin-de-siècle. Il s'agissait alors de remplacer un palais de l'Industrie jugé obsolète, et de magnifier l'« art français » sous l'égide républicaine. Sa conception, fruit d'un concours acharné et d'une synthèse collective entre Henri Deglane, Albert Louvet, Albert Thomas et Charles Girault, témoigne d'une époque où la prouesse technique peinait encore à s'affranchir du vocabulaire classique. L'édifice s'inscrit avec le Petit Palais et le pont Alexandre III dans un « axe républicain » audacieux, étirant la perspective des Invalides jusqu'aux Champs-Élysées. C'est une œuvre d'urbanisme grandiloquente, visant à inscrire durablement Paris dans la modernité tout en respectant une certaine bienséance formelle. L'analyse structurelle révèle un paradoxe : derrière les façades massives en pierre, inspirées des colonnades de Perrault au Louvre, se dissimule une nef centrale d'une ampleur audacieuse, un vaisseau de verre et d'acier de près de 240 mètres de long. La voûte, la coupole et le dôme représentent un défi statique considérable, totalisant 8 500 tonnes de métal, dont l'acier, encore un matériau d'avant-garde à l'époque, fut préféré au fer de la Tour Eiffel, non sans conséquences sur sa dilatation. Le déploiement des quadriges allégoriques de Georges Récipon et des mosaïques extérieures de Louis Édouard Fournier, célébrant l'histoire de l'art et les civilisations du monde – avec ce zèle teinté de colonialisme propre à l'époque –, parachève l'esthétique monumentale. Ce n'est pas tant une rupture qu'un aboutissement du style Beaux-Arts, un monument transparent où la lumière naturelle devait encore suppléer la fée électricité pour les grands rassemblements. L'histoire du Grand Palais est aussi celle de ses fragilités. Érigé sur un terrain alluvionnaire glissant vers la Seine, ses fondations profondes de pieux de chêne furent dès l'origine soumises aux variations de la nappe phréatique. Cette instabilité, exacerbée par les lourdes charges des expositions successives et l'acidité parfois incongrue de l'urine équestre des concours hippiques, a provoqué des désordres structurels majeurs, culminant avec la chute de rivets en 1993 et une fermeture prolongée. On se souviendra que, dans les années 1960, un certain Le Corbusier avait déjà envisagé sa démolition pour y implanter un musée du XXe siècle, vision radicale qui heureusement ne vit pas le jour. Après avoir servi de casernement, d'hôpital de fortune durant la Grande Guerre, et d'entrepôt pour les véhicules allemands pendant la Seconde, avant de subir un incendie durant la Libération, le Grand Palais a connu une longue période d'usages diversifiés. Sa fonction initiale de palais des Beaux-Arts, déclinant au profit des salons techniques et commerciaux, fut partiellement restaurée par la création des Galeries nationales et le maintien du Palais de la Découverte. La découverte, lors de la dernière grande restauration, de l'exacte nuance de « vert réséda pâle » d'origine, par l'examen minutieux des couches de peinture et la consultation des archives du fabricant Ripolin, illustre le souci d'une reconstitution historique rigoureuse. Cette réhabilitation colossale, jalonnée par la construction du Grand Palais Éphémère, le prépare à accueillir les épreuves olympiques de 2024, affirmant, malgré les vicissitudes et les critiques, sa place inaliénable au cœur de l'urbanisme parisien et de l'imaginaire collectif.