Promenade du Peyrou, Montpellier
La Promenade du Peyrou, à Montpellier, se présente moins comme une simple esplanade que comme un dispositif architectural d'une ambition toute monarchique, une œuvre pensée pour célébrer la puissance royale. Initialement simple promontoire rocailleux, ou Puy Arquinel, ce lieu de garrigue battu par la tramontane fut d'abord le théâtre d'événements moins fastueux, tel l'ordre donné par Louis Treize en mille-six-cent-vingt-deux de canonner les protestants, menant à l'Édit de Montpellier. C'est sur ce sol aplani par la guerre et ensuite transformé en champ de foire, connu alors sous le nom de Mont de l'Échine pour sa rudesse d'accès, que fut imaginée une mise en scène urbaine sans précédent. Dès mille-six-cent-quatre-vingt-cinq, la décision fut prise d'y ériger une statue équestre à la gloire de Louis Quatorze, puis d'y aménager une promenade. Sous la supervision de l'intendant de Basville et l'expertise du jeune architecte d'Aviler, élève de Jules Hardouin-Mansart, la première terrasse fut inaugurée en mille-six-cent-quatre-vingt-dix. L'inscription gravée en marbre, L'an mille-six-cent-quatre-vingt-dix, ce monument public a été achevé avec bonheur, pour le charme des habitants et le prestige de la ville, Louis Quatorze régnant, étant consuls des hommes estimables, résume bien cette intention originelle d'une grandeur à la fois urbaine et symbolique. Cet ensemble se déploie dans une composition axiale majestueuse. L'entrée principale est marquée par l'Arc de Triomphe, érigé en mille-six-cent-quatre-vingt-onze. Inspiré de la Porte Saint-Martin à Paris, il remplace l'ancienne porte fortifiée de la ville. C'est une porte d'apparat dont la vocation était clairement de glorifier le souverain et de souligner le contrôle de Versailles sur les réalisations provinciales. Au-delà, l'esplanade conduit à la statue équestre de Louis Quatorze. Son histoire est à elle seule une épopée, étalée sur cent-cinquante-deux années, entre la commande initiale et l'inauguration discrète de la seconde version en mille-huit-cent-trente-huit, œuvre de Debay et Carbonneaux, moins imposante que celle imaginée par Hardouin-Mansart. Cette effigie, le bras tendu, est censée évoquer les ambitions espagnoles du Roi-Soleil, bien que l'orientation réelle penche davantage vers l'Italie, détail qui ne manque pas de piquer la curiosité de l'observateur averti. La perspective trouve son apogée à l'ouest avec le monumental château d'eau, construit en mille-sept-cent-soixante-huit. Cet édifice hexagonal, orné de colonnes corinthiennes, ne cache pas son inspiration antique, servant de terminal spectaculaire à l'aqueduc Saint-Clément. Conçu par Henri Pitot, cet ouvrage d'ingénierie long de quatorze kilomètres s'achève par les célèbres arceaux, vingt-et-un virgule cinq mètres de hauteur, une double rangée d'arcades superposées, acheminant l'eau du Lez. La Promenade du Peyrou s'affirme ainsi comme un manifeste de l'architecture classique, mêlant l'utilitaire au somptuaire, une démonstration de l'art de bâtir et de la volonté politique. Comme le notait l'historien Emmanuel Le Roy Ladurie, elle est l'un des « sanctuaires de la Pureté Montpelliéraine », un lieu où l'architecture exprime une spiritualité propre à la ville. Même des ajouts plus contemporains, tel le cadran solaire analemmatique de mille-neuf-cent-vingt-sept ou la photographie emblématique de Jean Moulin en mille-neuf-cent-trente-neuf, ne font qu'ajouter des strates à cette œuvre complexe, sans jamais en altérer la grandeur initiale. Les travaux de rénovation menés depuis les années mille-neuf-cent-quatre-vingt visent à préserver ce patrimoine classé, témoin d'une ambition passée et d'une conception de l'urbanisme où la gloire du souverain se fondait dans l'ornement de la cité.