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Église Saint-Joseph

Église Saint-Joseph

1, place Saint-Joseph, Strasbourg

L'Envolée de l'Architecte

L'érection de l'église Saint-Joseph à Koenigshoffen, quartier en pleine effervescence urbaine à la fin du XIXe siècle, s'inscrit dans un mouvement d'expansion territoriale typique de l'ère impériale. Le concours de 1897, où le tandem Lütke et Backes l'emporta, reflète cet impératif de doter les nouvelles extensions strasbourgeoises d'édifices religieux. Leur projet, retenu après quelques ajustements mineurs, dont un seul fut d'ailleurs honoré – l'ajout d'une armoire liturgique, laissant de côté la rosace ou la valorisation des bas-côtés –, témoigne d'une certaine obstination créative, ou d'un pragmatisme affirmé. L'édifice, orienté au nord, présente une façade asymétrique, caractéristique du pittoresque recherché par nombre d'architectes à l'époque. Un clocher de quarante-cinq mètres s'impose sur le flanc ouest, tandis qu'un clocheton de vingt-deux mètres lui répond plus modestement à l'est. Cette dissymétrie confère à l'ensemble une silhouette moins monolithique, moins canonique, qui rompt avec une frontalité trop rigide. À l'intérieur, la nef de trente-et-un mètres de long et quinze de large est bordée de bas-côtés étroits, de deux mètres cinquante chacun, qui soulignent davantage la centralité de l'espace principal plutôt qu'ils ne l'élargissent. L'esquisse de transept, à peine perceptible par un très léger élargissement des bas-côtés à hauteur de la dernière travée, illustre une composition où l'économie formelle semble avoir primé sur la monumentalité classique. Le chœur, légèrement surélevé et mesurant douze mètres sur neuf, atteint une hauteur de dix mètres cinquante, créant une graduation spatiale mesurée. La voûte, singulière par sa configuration trilobée, s'élève à seize mètres, introduisant une inflexion curviligne inhabituelle dans cette période où le néo-roman et le néo-gothique rivalisaient d'interprétations. Les travaux, rondement menés entre 1899 et 1901, aboutirent à une ouverture au culte rapide. Il est intéressant de noter que parmi les projets concurrents figurait celui de Johann Knauth, un architecte alors reconnu pour son implication dans la préservation de la cathédrale, offrant une autre perspective sur les choix esthétiques du temps. Les ornements, qu'il s'agisse des statues de Ludwig Moroder ou des vitraux des frères Ott, conçus par Martin Feuerstein, parachèvent une œuvre somme toute représentative de son époque, sans génie éclatant mais avec une solide exécution. Cet édifice, loin des audaces des avant-gardes naissantes, s'inscrit dans une tradition de construction pieuse et fonctionnelle, ancrée dans le paysage urbain en mutation de Strasbourg.