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Escalier d'accès à l'église Notre-Dame de Vétheuil

Escalier d'accès à l'église Notre-Dame de Vétheuil

Vétheuil

L'Envolée de l'Architecte

L'église Notre-Dame de Vétheuil se distingue d'emblée dans le paysage vexinois, non par une uniformité stylistique attendue d'un édifice villageois, mais par une succession de strates architecturales témoignant des ambitions changeantes et des ressources fluctuantes. Son chœur, érigé au tournant du XIIIe siècle, affiche une élégance gothique primitive, caractérisée par une abside massive mais rythmée de contreforts à ressauts et un jeu subtil d'oculi et de lancettes. Cette austérité première dialogue avec des toits aux tuiles polychromes, un détail singulier, presque bourguignon, qui tempère la rigueur septentrionale. Le clocher, reconstruit au XIIIe siècle, s'inscrit dans la lignée des tours gothiques de la région, avec ses baies géminées élancées conférant une légèreté certaine. Cependant, c'est le XVIe siècle qui marque l'intervention la plus audacieuse. Alors que la nef s'élève dans un style gothique flamboyant aux piliers ondulés, elle se voit parer d'éléments inattendus. L'étroitesse relative du vaisseau central, sans doute contrainte par les fondations romanes préexistantes et les piles du clocher, est compensée par l'adjonction de collatéraux amples et de chapelles qui confèrent à l'ensemble une monumentalité citadine. L'irruption de la Renaissance se fait avec une vigueur remarquable en 1551. Jean Grappin, maître-maçon d'origine italienne, est appelé pour ériger le portail méridional et la façade occidentale. On murmure que l'heureuse naissance d'un héritier, après douze ans de mariage stérile pour le seigneur Louis de Silly et son épouse Anne de Laval, fut le catalyseur de cette générosité manifeste. La façade, d'une pierre blonde exubérante, contraste vivement avec le chœur médiéval. Ses tourelles d'escalier élégantes, ses lanternons coiffés de dômes à imbrications et ses colonnettes corinthiennes apportent une gaieté méridionale, presque une invitation à la sérénade. Le portail occidental, avec ses bustes humains en médaillons et ses balustrades ajourées, incarne une liberté formelle qui dépasse le cadre religieux traditionnel, bien que des touches flamboyantes, comme les moulurations prismatiques, persistent, suggérant une continuation de travaux antérieurs. Le porche méridional, en parfaite alignement avec l'escalier d'accès du XVIe siècle – dont la datation par les Monuments Historiques s'oppose curieusement à celle d'une croix hosannière réinaugurée en 1764 à son sommet – est un écrin de sculptures, les dauphins y célébrant avec légèreté l'événement familial. À l'intérieur, malgré une dominante flamboyante, des chapiteaux corinthiens à têtes humaines, parfois caricaturales, témoignent de cette hybridation des styles. Le mobilier, un véritable musée selon certains, achève de raconter l'histoire de ce lieu. On y trouve des statues d'une qualité saisissante, comme la Prudence de la Renaissance, mêlant sagesse antique et recherche scientifique, ou encore la Vierge à l'Enfant du XIVe siècle, objet d'un pèlerinage séculaire. Le retable de la Passion, bien que mutilé par l'histoire et les larcins, révèle la finesse des ateliers flamands du XVIe siècle, tandis que des peintures murales dépeignent la vie des confréries, notamment celle de la Charité, avec une précision ethnographique émouvante. L'église de Vétheuil, par son parcours architectural hétéroclite, ses compromis stylistiques et les dévotions qui l'ont traversée, offre une lecture d'une richesse rare, une véritable stratigraphie du temps et des esthétiques. Des vitraux modernes, financés après les ravages de la Seconde Guerre mondiale par l'abnégation d'un curé, le chanoine Lemaire, rappellent que la vie de l'édifice n'a cessé de s'écrire, entre destructions et renaissances.