20 rue des Ayres, Bordeaux
L'ancienne Mairerie de Bordeaux, aujourd'hui discrètement enserrée dans les remaniements du quartier des Ayres, ne se dévoile au regard qu'avec une certaine réticence, masquant ainsi des strates historiques complexes. Ce qui fut jadis l'hostau de la Majoria, dont les origines, bien que sujettes à spéculation au XIIIe siècle avec Raimon Colon, sont avérées dès le XVe, représente une des premières demeures patriciennes de la cité. Sa genèse coïncide avec une période d'essor économique pour Bordeaux, prospérant sous la domination anglaise et le florissant commerce viticole. La fonction de maire, alors en pleine ascension, nécessitait un siège digne de son rang. L'édifice originel, modeste quoique distingué, se caractérisait par une tour carrée, attestée dès 1450 par Léo Drouyn. Cette tour, bien au-delà de toute vocation défensive, signifiait la puissance et l'autorité communale, symbolique d'une bourgeoisie bordelaise en pleine affirmation. La mairerie opérait comme une annexe de l'Hôtel de Ville, un point nodal où vie privée du magistrat et affaires publiques s'entremêlaient, accueillant même Michel de Montaigne entre 1581 et 1585, détail qui ne manque pas de souligner son importance d'alors. Le XVIIe siècle marque une transformation notable. En 1618, sous l'égide du marquis Henri Desprez de Mompezat et l'intervention de Claude Maillet, l'austère Mairerie médiévale subit des modifications substantielles. Les travaux visaient à l'adapter aux usages et aux commodités de l'époque, étendant sa superficie sur un plan irrégulier. Un nouveau corps de logis fut élevé entre cour et jardin, complété par une loggia. Cette dernière, remarquable, s'élève sur trois niveaux de pierre de taille. Son architecture, d'une sobriété classique, déploie un jeu de pilastres sculptés, rigoureusement ordonnancés selon la règle des ordres superposés, du dorique au rez-de-chaussée, à l'ionique au premier étage, puis au corinthien au second. Une composition qui rappelle les préceptes de l'architecture de la Renaissance italienne, notamment ceux mis en œuvre par Alberti. Toutefois, la fortune de la Mairerie connut un revers. Dès 1620, le roi Louis XIII, dans un geste de centralisation du pouvoir, jugea la fonction de maire superflue, entraînant une vacance prolongée et l'affectation du bâtiment à des locations diverses. Ce déclin de l'autonomie municipale et l'état de vétusté de l'édifice, jugé irréparable et trop coûteux à entretenir pour la ville, menèrent à sa cession aux Jésuites en 1662. C'est à partir de cette vente que l'ancienne mairerie fut en grande partie démolie pour laisser place à l'église Saint-Paul-Saint-François-Xavier et à son presbytère, ne conservant de l'original que la tour et la fameuse galerie à arcades. Aujourd'hui, le bâtiment, inscrit partiellement à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques depuis 1993, résiste au temps. Les galeries de circulation, les façades et toitures du presbytère, ainsi que la travée du balcon ou l'ancienne cuisine, témoignent d'une histoire architecturale où les vestiges du XVIIe siècle sont appréciés pour leur rareté et la qualité de leur facture. Locataire emphytéote depuis 1968, l'association dominicaine Stella gère un lieu qui, hélas, n'est plus accessible au public, rendant son appréciation directe d'autant plus précieuse pour l'observateur averti. Sa transformation en presbytère et son repli loin de la rue illustrent ce destin si particulier des édifices ayant traversé les âges et les fonctions, souvent au prix d'une perte d'identité visible.