3ter et 6 villa de Beauséjour, 11bis boulevard de Beauséjour, Paris 16e
L'ensemble connu sous le nom d'Isbas de la Villa de Beauséjour constitue un témoignage singulier de l'architecture éphémère et de sa réincarnation, caractéristique des grandes expositions universelles du XIXe siècle. Il ne s'agit pas ici d'une œuvre unifiée par une intention première, mais plutôt d'un agrégat de constructions dont l'origine et la matérialité divergent, formant un curieux archipel de l'exotisme domestiqué. Quatre pavillons composent ce complexe, mais leur genèse et leur essence demeurent distinctes. L'un, authentique datcha, fut édifié par des charpentiers russes à Saint-Pétersbourg, démonté avec une précision d'orfèvre, puis transporté et remonté à Paris pour l'Exposition universelle de 1867, avant de connaître une seconde translation et une ultime reconstruction en 1872 au sein de cette villa. Cette datcha, en tant qu'artefact de bois façonné selon des techniques vernaculaires, représente la véritable pièce maîtresse de cet ensemble, offrant une fenêtre sur l'artisanat russe de l'époque, avec ses encorbellements, ses volutes et ses motifs ajourés, typiques de l'habitat de loisir en Russie. Les trois autres pavillons, eux, révèlent une pragmatique adaptation. Issus également de l'exposition de 1867, ils ne sont point des transmutations directes de structures originales, mais plutôt des compositions de briques et de pierre habilement revêtues de bois récupéré sur d'autres bâtiments de l'événement. L'architecte Alphonse Lasnier, propriétaire du terrain, orchestre cette réutilisation astucieuse, transformant des fragments disparates en une nouvelle cohérence stylistique, certes composite, mais non dénuée d'un certain charme pittoresque. Cette pratique de réemploi était monnaie courante, les nations exposantes préférant la vente de ces structures onéreuses plutôt qu'un coûteux rapatriement. En 1881, cet ensemble éclectique fut acquis par la veuve d'Isaac Pereire, figure emblématique de la finance et de l'industrie du Second Empire. L'acquisition par une telle personnalité confère à ces isbas une patine supplémentaire d'intérêt historique, les faisant passer du statut de curiosités publiques à celui de résidences privées, objets d'une collection. L'inscription au titre des monuments historiques en 1992 reconnaît la valeur de ces vestiges, non seulement comme des éléments architecturaux, mais aussi comme des marqueurs culturels d'une époque fascinée par l'ailleurs et les prouesses techniques des expositions universelles, même si le compromis économique de leur survie en fait un cas d'espèce plus qu'un chef-d'œuvre de conception originale. Elles sont, en somme, les témoins modestes mais éloquents d'une esthétique du pastiche et de l'adaptation.