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Église Saint-Denys-du-Saint-Sacrement

Église Saint-Denys-du-Saint-Sacrement

68bis rue de Turenne, Paris 3e

L'Envolée de l'Architecte

L'église Saint-Denys-du-Saint-Sacrement, sise rue de Turenne, s'inscrit avec une sobriété caractéristique dans le paysage architectural parisien du début du XIXe siècle. Elle est l'illustration même de cette commande publique post-révolutionnaire qui, après les tumultes et les destructions, aspirait à la réaffirmation d'un ordre classique, voire à une certaine pédagogie des formes. L'édifice, achevé en 1835, se présente comme un spécimen archétypal du style néoclassique, une œuvre d'Étienne-Hippolyte Godde, architecte prolifique de cette période, dont la signature se retrouve également à Saint-Pierre-du-Gros-Caillou, révélant une démarche cohérente mais rarement audacieuse. Son histoire, du monastère des Bénédictines de l'Adoration perpétuelle aux nécessités d'une paroisse en pleine expansion, est un miroir des vicissitudes religieuses et urbaines de la capitale. La façade, d'une composition rigoureuse, arbore un portique prostyle de quatre colonnes ioniques, surmonté d'un fronton triangulaire. Le bas-relief de Jean-Jacques Feuchère y déploie les Vertus Théologales avec une dignité convenue, tandis que les niches encadrant le portail abritent des statues de saint Paul et saint Pierre signées Jean-François Legendre-Héral, et au-dessus, les Vertus Cardinales sculptées par Noémi Constant, ajout tardif en 1865. Cette façade, dans sa régularité, offre une image d'équilibre et de mesure, sans fioritures superflues, typique d'une époque où l'emphase était réservée à l'intérieur. L'espace intérieur, conçu sur un plan basilical, se déploie en une nef rectangulaire sobre, dépourvue de transept, que soutiennent douze colonnes – un rappel symbolique des tribus d'Israël ou des apôtres. La voûte en plein cintre, ornée d'un plafond à caissons, ménage une perspective claire et apaisante. Au-dessus du chœur, une coupole en cul-de-four, éclairée par un oculus zénithal, apporte une lumière diffuse et un sentiment d'élévation. L'ensemble, bien qu'efficace dans sa disposition, respire une sorte de prudence architecturale, une adhésion aux canons sans éclat particulier. La véritable singularité de Saint-Denys-du-Saint-Sacrement réside peut-être moins dans sa structure que dans les trésors artistiques qu'elle recèle, souvent ajoutés après coup. C'est ici, dans la première chapelle à droite, que repose la fulgurante « Pietà » d'Eugène Delacroix, exécutée en un temps record en 1844. Cette œuvre d'une intensité dramatique rare, que Baudelaire voyait laisser « un sillon profond de mélancolie », contraste avec la réserve néoclassique de l'édifice, lui conférant une résonance émotionnelle inattendue. Plus loin, on découvre les « Pèlerins d'Emmaüs » de François-Édouard Picot, une peinture à la cire restaurée, ou encore la grande grisaille en trompe-l'œil d'Alexandre-Denis Abel de Pujol, des ajouts qui donnent à la pierre nue une âme narrative. Les orgues, quant à eux, méritent une mention. Le grand orgue de tribune, l'un des premiers de la maison Daublaine Callinet en 1839, fut jadis remarqué à l'Exposition de l'Industrie et apprécié par un Hector Berlioz, preuve que même les instruments de musique devenaient des objets de progrès technique et d'exposition. Il est, à l'image de l'édifice qui l'abrite, un témoignage d'une époque de transition et de reconstruction. Enfin, l'anecdote du mariage d'Alphonse Daudet en 1867, avec Frédéric Mistral pour témoin, ancre l'église dans une histoire culturelle parisienne plus mondaine, bien loin des préoccupations strictement ecclésiastiques, conférant à cet ensemble, somme toute très sage, un inattendu parfum de bohème littéraire.