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Fondation Thiers

Fondation Thiers

5 place du Chancelier-Adenauer, Paris 16e

L'Envolée de l'Architecte

L'on pourrait s'étonner de voir une institution vouée à l'intellect s'établir sur ce qui fut jadis le terrain d'envol des aérostiers, à l'orée du Bois de Boulogne. La Fondation Thiers, si elle porte le nom d'un homme d'État, doit son existence immobilière à une certaine générosité, doublée d'une opportunité foncière des plus prosaïques. Reconnu d'utilité publique en 1893, cet organisme s'est donné pour mission d'assister les jeunes chercheurs prometteurs, par une forme de mécénat institutionnel orchestré par l'Institut de France, auquel il fut rattaché. L'édifice qui abrita cette honorable entreprise jusqu'en 1986, un hôtel particulier situé au rond-point Bugeaud – désormais place du Chancelier-Adenauer – dans le 16e arrondissement, fut érigé à l'initiative de Mlle Dosne, belle-sœur d'Adolphe Thiers. Conçu par un certain Aldroff et achevé en 1892, il s'inscrit sans surprise dans la lignée des constructions bourgeoises de la fin du XIXe siècle parisien. Point d'audace formelle ici, mais une dignité conforme aux canons du style post-haussmannien, où la pierre de taille et l'ordonnancement classique des façades devaient rassurer sur la pérennité des valeurs républicaines et intellectuelles qu'il était censé abriter. L'architecte Aldroff, dont l'œuvre ne semble pas avoir traversé les décennies avec une clameur particulière, a livré un bâtiment de facture solide, sans fioritures excessives, probablement articulé autour d'une cour d'honneur ou d'un jardin, ménageant ainsi une dialectique entre le plein de la rue et le vide plus intime du corps de logis. Le contraste entre le site, décrit en 1889 comme un « vaste trapèze » parsemé de « masures délabrées », et l'élégance contenue de l'hôtel, élevé sur un terrain acquis pour « presque rien » par Alexis Dosne soixante ans auparavant, témoigne de la spéculation immobilière discrète qui accompagnait l'extension de Paris. Cet écrin pour jeunes esprits, où fut notamment abritée une bibliothèque spéciale pour la publication de leurs travaux, fut le théâtre des premières recherches de figures intellectuelles marquantes, tels Marc Bloch, Michel Foucault ou Pierre Nora. Une réception des plus flatteuses, en somme, si l'on en juge par la qualité des esprits qui y firent leurs gammes. Mais le temps et l'usure firent leur œuvre. En 1986, l'Institut de France se sépara de cette propriété jugée vétuste. L'hôtel Thiers, délesté de sa vocation académique, connut alors une curieuse métamorphose, se transformant en un hôtel de luxe, le Saint James Paris. Un destin que d'aucuns jugeront ironique, de voir le temple de l'érudition muer en lieu de villégiature ostentatoire, illustrant à merveille la fluidité des fonctions architecturales face aux impératifs économiques. Depuis, la Fondation Thiers poursuit sa mission sous d'autres auspices, au sein de l'Institut de France, s'adaptant aux contraintes budgétaires – le partenariat avec le CNRS ayant pris fin en 2017 – et n'accueillant plus que des boursiers annuels. Le prestigieux prix bisannuel de la Fondation Thiers demeure, un rappel persistant de cette institution qui, même désincarnée de son hôtel d'origine, continue de soutenir l'excellence intellectuelle, bien que son ancrage physique ait désormais cédé la place à une forme plus éthérée de mécénat.