Place Edmond-Audran, Marseille
L'église Sainte-Marie-Madeleine des Chartreux, dont la première pierre fut posée en 1633, témoigne d'une ambition pieuse, celle des Chartreux de Villeneuve-lès-Avignon, désireux d'implanter un nouvel établissement monastique à Marseille. Le choix du site, à l'écart de l'agitation urbaine mais doté de terres irrigables, révèle une pragmatique recherche de quiétude et d'autosuffisance. Le projet d'ensemble des bâtiments, et singulièrement de l'église, fut conçu par un esprit aussi rare qu'efficace : dom Jean-Baptiste Berger, prieur et architecte autodidacte. Cet homme parvenu aux plus hautes sphères de son ordre, œuvra à l'édification d'un monument dont la construction, débutée en 1680, s'étala sur plus de vingt ans, fréquemment ralentie par les contingences financières, un destin hélas commun à nombre d'entreprises architecturales de cette envergure. Consacrée en 1702, l'église présentait une façade d'une hauteur imposante de 31 mètres, précédée d'un péristyle de huit colonnes ioniques, un dispositif qui, par son échelle et sa solennité, signale une aspiration au grand ordonnancement classique, même si les statues prévues pour les socles supérieurs ne furent jamais réalisées, laissant une élégante mais discrète trace de compromis. À l'intérieur, la nef, vaste vaisseau de près de 47 mètres de long et 25 mètres de haut, est couronnée d'une corniche remarquable, véritable fil d'Ariane visuel, guidant le regard. La sobriété carthusienne d'origine se lit dans l'organisation des collatéraux, prévus pour les messes lues, mais l'histoire a superposé des strates d'enrichissements. La Révolution française, implacable, mit fin à l'existence monastique. Les biens furent dispersés, et l'on ne peut que déplorer la vente à vil prix des 2 480 ouvrages de la riche bibliothèque. Seule l'église fut épargnée, se muant en église paroissiale en 1803. Une anecdote notable du tumulte révolutionnaire est le sort de dom Joseph de Martinet, prêtre non jureur, qui continua son ministère clandestin avant que ses restes ne soient, des décennies plus tard, inhumés dans l'église même, signe d'une mémoire tenace. Le XIXe siècle, face à une croissance démographique, dut adapter l'édifice, perçant les arcades aveugles de la nef pour ouvrir des bas-côtés, sous l'impulsion d'une commission d'architectes incluant Henri-Jacques Espérandieu. Le maître-autel de Théophile Dupoux, classé monument historique, et la chaire flamande des frères Goyer, témoignent de cette période de réaménagement. Le Grand-Orgue de Charles Mutin, livré en 1912, représente une prouesse technique et musicale, bien qu'il ait dû remplacer un instrument précédent, détruit par un incendie. Il est actuellement en restauration, rappelant la constante nécessité d'entretien et de préservation de tels patrimoines. Les vitraux, quant à eux, portent la marque d'un événement tragique plus récent : ils furent remplacés après l'explosion d'une huilerie voisine en 1952. L'église des Chartreux, par son histoire mouvementée et sa facture architecturale, constitue, avec la chapelle de la Vieille-Charité, l'une des réalisations religieuses les plus significatives du XVIIe siècle marseillais, un monument où la rigueur originelle des Chartreux a su, malgré les vicissitudes du temps, s'adapter et perdurer, offrant une lecture complexe de l'évolution du goût et des fonctions.