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Immeuble 5 rue Gresset

Immeuble 5 rue Gresset

5 rue Gresset, Nantes

L'Envolée de l'Architecte

L'immeuble du 5 rue Gresset, s'ouvrant également sur le cours Cambronne à Nantes, représente un singulier témoignage des continuités et des ruptures stylistiques au sein de la bourgeoisie nantaise. Édifié sur deux siècles, il pose la question de l'unité architecturale, ou plutôt de son absence délibérée. L'assise dix-huitiémiste confère à sa partie inférieure une gravité certaine. On y discerne l'emploi du granite pour le soubassement, matériau robuste et local, assurant une pérennité face aux assauts du temps et de l'humidité. La façade principale, vraisemblablement celle donnant sur le cours Cambronne, adopte un ordonnancement classique, avec une scansion régulière des ouvertures. Les fenêtres, souvent à petits bois, sont encadrées de pierre de tuffeau, apportant une note plus claire, une finesse dans le détail qui contraste avec la rusticité du socle. Ce jeu du plein et du vide, cette répartition équilibrée, est caractéristique de l'architecture résidentielle de l'Ancien Régime, cherchant une dignité sans ostentation excessive. L'intégration d'éléments du XIXe siècle suggère soit une extension audacieuse, soit une surélévation qui dut composer avec l'existant. L'architecte, dont l'identité est souvent perdue dans les annales des commandes privées, a manifestement dû naviguer entre le respect des proportions initiales et l'apport de nouvelles sensibilités. On peut imaginer des balcons en fer forgé aux motifs plus élaborés, ou une mansarde repensée, signalant une adaptation aux normes de confort et d'esthétique bourgeoises de l'époque post-révolutionnaire. La toiture, vraisemblablement en ardoise, matériau de prédilection de la région, ponctue l'édifice d'une silhouette sobre, s'intégrant harmonieusement dans l'ensemble urbain. Cet immeuble n'est pas un manifeste flamboyant, mais plutôt une affirmation discrète de la prospérité marchande nantaise, capable d'investir dans une architecture de qualité, durable et représentative. Sa position sur le cours Cambronne, espace ordonnancé et valorisant, ne relève pas du hasard. Il s'agissait alors de s'inscrire dans une lignée, d'afficher une certaine respectabilité sociale. Le classement au titre des monuments historiques en 1949, dans l'immédiat après-guerre, souligne sans doute une reconnaissance tardive de sa valeur patrimoniale, au moment où la ville se reconstruisait et redécouvrait ses racines. Il n'est pas rare que de tels édifices, par leur discrétion même, finissent par incarner une certaine idée de la permanence urbaine, un rappel silencieux des strates historiques qui composent le tissu de nos cités.