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Cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul

Cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul

Place Saint-Pierre, Nantes

L'Envolée de l'Architecte

La Cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes ne se présente pas comme un édifice né d'un seul élan, mais plutôt comme le fruit d'une patiente, voire obstinée, sédimentation architecturale s'étirant sur quatre cent cinquante-sept ans, de 1434 à 1891. Cette temporalité exceptionnelle, loin d'altérer la cohérence de son style gothique, en révèle plutôt une forme de résilience, malgré les avatars. Son implantation même, contrainte par l'enceinte gallo-romaine dès le IVe siècle, a dicté bien des compromis, notamment l'extension délicate du chevet. Avant l'élévation de l'actuel monument, trois basiliques et cathédrales s'y sont succédé, l'édifice roman du XIe siècle ayant laissé pour tout vestige digne d'intérêt une crypte que la nouvelle construction a dû ingénieusement absorber, surélevant le chœur pour s'y adapter. L'initiative de Jean V, duc de Bretagne, en 1434, s'inscrivait dans une période de prospérité commerciale relative et de volonté politique d'affirmer son pouvoir. La façade occidentale, achevée dès la fin du XVe siècle avec ses deux tours massives et ses cinq portails richement sculptés, dont une chaire extérieure pour la prédication aux foules, offrait déjà un spectacle achevé. Les sculptures des voussures y déployaient une fonction historiographique, didactique, propre à l'art gothique. Pourtant, la nef et les collatéraux ne furent voûtés qu'au XVIIe siècle, illustrant cette perpétuelle relance du chantier. Un projet d'achèvement au XVIIe siècle, avec un chevet court adossé aux remparts, témoigne d'une vision pragmatique, toujours soumise aux contingences urbaines et financières. L'histoire de la cathédrale est également celle d'une vulnérabilité récurrente. Après avoir servi d'observatoire militaire durant le siège de Nantes en 1793, et échappé de justesse à la destruction révolutionnaire grâce à l'intervention de Mathurin-Julien Grolleau, elle fut gravement endommagée par l'explosion d'une poudrière en 1800. Les bombardements de 1944 et le tragique incendie de 1972, causé par la négligence et un défaut de nettoyage imputé à l'État, détruisirent une grande partie de la toiture, remplacée depuis par une charpente en béton. Le 18 juillet 2020, un nouvel incendie criminel anéantit le grand orgue du XVIIe siècle, le vitrail majeur de la façade ouest — œuvre commandée par Anne de Bretagne elle-même — et plusieurs éléments de mobilier, dont le tableau de Flandrin, Saint Clair guérissant les aveugles. Ces événements récents rappellent, avec une certaine amertume, la fragilité de ce patrimoine accumulé. Parmi les éléments préservés et dignes d'une attention soutenue, se trouve le tombeau de François II de Bretagne et de Marguerite de Foix. Sculpté au début du XVIe siècle par Michel Colombe et Jean Perréal, ce chef-d'œuvre de la transition entre le Gothique flamboyant et la Renaissance française, avec ses quatre figures allégoriques des vertus cardinales, révèle une finesse d'exécution et une fusion stylistique qui en font une pièce maîtresse de la sculpture française. Le cénotaphe du général de Lamoricière, hommage papal érigé en 1878, complète cet ensemble mémoriel. Les dimensions de l'édifice, avec une hauteur sous voûtes de près de trente-huit mètres, surpassent même celles de Notre-Dame de Paris, conférant à son espace intérieur une verticalité saisissante. Anecdotiquement, le monument fut aussi le théâtre d'actes de résistance. En 1940, le jeune Michel Dabat y hissa un drapeau français, un geste symbolique qui lui coûta la vie. La cathédrale de Nantes, par son histoire mouvementée, par sa construction fragmentée mais son style unitaire, par les destructions qu'elle a subies et les renaissances qu'elle a connues, incarne une certaine idée de la persévérance. Elle se présente finalement comme une stratification d'intentions, d'accidents et de réparations, un témoignage éloquent de la ténacité humaine face au temps et aux épreuves.