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Hôtel d'Avelin (Hôtel du Rectorat)

Hôtel d'Avelin (Hôtel du Rectorat)

22 rue Saint-Jacques, Lille

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel d'Avelin, érigé en 1777 par un Michel-Joseph Lequeux encore au seuil de sa carrière, se distingue à Lille comme l'une des premières expressions d'un classicisme renaissant, directement inspiré des canons parisiens, notamment ceux de Chalgrin. C'est un témoignage précoce de l'adoption, en province, d'une esthétique déjà éprouvée dans la capitale, signe d'une certaine émulation. La façade sur rue, discrètement annoncée par un portail aux colonnes doriques soutenant de nobles vases, ménage l'accès à une cour d'honneur où la sobriété s'impose. Deux pavillons encadrent ce dispositif d'entrée, reliés par des grilles, orchestrant ainsi une transition maîtrisée entre l'espace public et la sphère privée. L'édifice principal, d'une grande retenue, expose sur cour une façade néoclassique où les étages sont simplement soulignés par une corniche horizontale, évitant tout superflu décoratif. Un avant-corps central, marquant l'entrée principale, est rehaussé par deux colonnes et surmonté d'un étroit balcon, attestant d'une composition classique et ordonnancée. L'étage noble, celui des réceptions, se distingue par une hauteur sous plafond supérieure, signe architectural de sa prééminence fonctionnelle. Sur la gauche de la cour, une unique aile s'allonge, ponctuée d'un balcon soutenu par des colonnes, offrant une perspective latérale plus intime. À l'arrière, la composition s'ouvre sur un vaste jardin, encadré, non sans une certaine postérité, de deux petites ailes pentagonales ajoutées bien plus tard, en 1925, brouillant légèrement l'unité originelle. Commandé par le marquis d'Hangouart, dernier comte d'Avelin, ce fut la pierre angulaire d'une fortune et d'un goût pour l'époque. Confisqué lors des troubles révolutionnaires, il connut les vicissitudes des biens nationaux avant de passer entre les mains de diverses figures lilloises. C'est ainsi que l'on se souvient du passage nocturne de Louis XVIII, en mars 1815, fuyant la capitale retrouvée par Napoléon, hôte alors du maire de Lille, Louis Marie Joseph de Brigode, qui résidait en ces murs. Plus tard, sous le nom d'hôtel du Maisniel, il devint le siège du Cercle du Nord, un cénacle bourgeois où les salles de jeux, le fumoir et la bibliothèque servaient aux mondanités d'une élite lilloise qui y trouvait son point de ralliement. Cette transformation d'une résidence privée en lieu de sociabilité fut un destin commun à nombre d'hôtels particuliers. La Ville de Lille en fit l'acquisition en 1887 pour y établir le Rectorat, une fonction qu'il assuma jusqu'en 2011, malgré les dommages infligés par un bombardement en 1917. L'édifice, un temps garant des institutions éducatives de la région, a désormais entamé une nouvelle mue. Racheté par un promoteur immobilier en 2014, il est en cours de transformation en appartements privés. Cette dernière conversion, du service public à la division résidentielle, reflète les mutations urbaines contemporaines, où le patrimoine historique, lorsqu'il est jugé excédentaire par la puissance publique, retrouve une seconde vie sous une forme réadaptée aux exigences du marché. Il y a là une forme d'inévitable adaptation, où la noble ordonnance des salons d'honneur, tel le vaste espace de 900 mètres carrés que l'hôtel abritait, se prête aux découpes du logement moderne, perpétuant ainsi, d'une certaine manière, son utilité, bien que sa magnificence originelle s'en trouve inévitablement fragmentée.