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Église Saint-Pierre-Saint-Paul de Gonesse

Église Saint-Pierre-Saint-Paul de Gonesse

Gonesse

L'Envolée de l'Architecte

L'église Saint-Pierre-Saint-Paul de Gonesse s'impose, non sans une certaine gravité, comme la plus vaste expression gothique du Pays de France. Son édification, s'étalant de 1180 à 1305, témoigne d'une ambition persistante, confrontée néanmoins aux vicissitudes des époques et, sans doute, à quelques contraintes budgétaires. Le chœur, antérieur, fut conçu avec une cohérence remarquable entre 1180 et 1200. On y décèle l'élégance de colonnettes monolithiques et l'harmonie des voûtes, bien que la sobriété des fenêtres n'offre qu'un décor parcimonieux. Ce rond-point absidial, avec son déambulatoire dépourvu de chapelles rayonnantes – une configuration assez singulière –, n'est pas sans évoquer, à échelle réduite, son illustre homologue de Notre-Dame de Paris, ou encore la collégiale de Mantes. La travée droite du chœur, singularisée par une voûte sexpartite malgré un plan barlong, révèle un parti pris qui intrigue, d'autant qu'elle dut composer avec la base romane du clocher préexistant du XIIe siècle, intégrée au bâti sans la moindre concession stylistique apparente. L'étage des galeries s'ouvrant sur les combles, plutôt qu'un véritable triforium, suggère des arbitrages économiques judicieux, ne nuisant pas à l'ensemble. Les fouilles récentes, menées avec la rigueur de notre temps, ont mis au jour une longue histoire d'inhumations, dont certaines se poursuivirent au-delà des interdictions royales, révélant la persistance des pratiques sépulcrales au sein même de l'édifice jusqu'au XVIIIe siècle. L'histoire locale rapporte même une anecdote singulière : en 1785, un miracle y fut attribué à saint Pierre, suscitant un culte populaire avant que la Révolution ne vienne en interrompre la reconnaissance officielle. La nef, quant à elle, fut principalement érigée entre 1245 et 1305, sous l'influence manifeste de la basilique Saint-Denis. L'architecte, loin de céder à l'incohérence, réussit à intégrer des éléments du XIIIe siècle à un système architectonique résolument novateur. Les grandes arcades, d'une générosité certaine, reposent sur des piliers monocylindriques, tandis que le triforium, ajouré de lancettes géminées et de quatre-feuilles, se pare d'un style rayonnant. Cette superposition d'époques, visible aux subtiles variations de la flore des chapiteaux – où la vigne se mêle au trèfle, à l'arum ou à la chélidoine –, ne rompt pas l'unité. Néanmoins, l'absence de fenêtres hautes et de voûtes en pierre, remplacées par une charpente en carène renversée, laisse transparaître une ambition finalement contrainte, même si le triforium permet à la lumière de pénétrer avec une certaine efficacité. On se demande quel aurait été l'impact d'une élévation complète, culminant à vingt et un mètres sous voûtes, rapprochant encore Gonesse de ses prestigieux modèles dionysiens et chartrains. Les bas-côtés, d'une conception plus modeste, éclairent l'ensemble par des lancettes simples et de discrets oculi. Les clés de voûte s'ornent de motifs végétaux naturalistes, où se glisse parfois une figure humaine, tel ce médaillon sculpté d'un saint dans la deuxième travée sud. À l'extérieur, la façade occidentale se décline en trois segments. Si la partie centrale offre un portail orné d'une quintuple archivolte et d'une statue moderne de saint Pierre, c'est l'inscription révolutionnaire, imposée par Robespierre, reconnaissant l'Être suprême, qui retient l'attention. Les arcs-boutants ne ceinturent que le chœur, la nef ayant vu les siens remplacés par des contreforts au XVIe siècle. Le clocher roman du XIIe siècle, avec ses baies géminées en plein cintre, surmonté d'un étage gothique du XIIIe siècle, compose une silhouette où les superpositions chronologiques sont palpables. Quant au mobilier, on notera particulièrement le buffet d'orgue de 1508, œuvre de menuiserie et de peinture remarquable, orné d'anges musiciens d'Antoine Félix. On y trouve aussi de pieuses représentations, telles une Mise au tombeau attribuée à l'entourage de Jean Bourdichon, et des copies d'œuvres de Le Brun ou Carracci, témoins d'une histoire artistique diverse. Enfin, l'une des cloches, refondue en 1886, porte le nom de Marie, mais c'est par une certaine ironie administrative qu'elle fut classée monument historique près de soixante ans après sa disparition, preuve que l'administration, même la plus zélée, peut parfois se laisser prendre au jeu du passé. L'église de Gonesse demeure ainsi un exemple éloquent des constructions ecclésiales de l'Île-de-France, où l'élan gothique, même inachevé, compose avec les réalités économiques et les héritages du temps.