41 rue Croix-Baragnon, Toulouse
L'Hôtel de Bonfontan, érigé entre 1768 et 1771 rue Croix-Baragnon, offre un exemple singulier de l'ambition architecturale toulousaine à l'aube du néoclassicisme. Sa façade, d'une symétrie étudiée et d'une rigueur formelle qui caractérise le style « à la grecque », dissimule sous son parement une réalité constructive moins noble. En effet, si le rez-de-chaussée s'affirme par sa pierre de taille à bossages, les étages supérieurs, bâtis de brique, furent ingénieusement revêtus d'un enduit imitant à la perfection l'appareil de pierre, un artifice de trompe-l'œil avant-gardiste à Toulouse. Cette pratique, qui masquait la couleur et les joints de la brique par des refends simulant de vastes blocs, précédait de plus d'une décennie l'obligation capitulaire de blanchir les façades, témoignant du désir de modernité de son commanditaire, le marquis Philippe de Bonfontan. Ce dernier, figure notable de l'élite toulousaine, ancien militaire, puis capitoul, et même participant à l'assemblée des notables de Versailles, négocia avec la municipalité pour reculer sa façade et élargir la rue, obtenant en retour une parcelle en fond de jardin. Un compromis urbain qui révèle une certaine clairvoyance, ou du moins une habileté certaine. L'anonymat de l'architecte, malgré quelques attributions incertaines, souligne d'ailleurs le rôle prépondérant du marquis dans la conception de son hôtel. La façade principale, ordonnancée sur sept travées et deux étages décroissants, est centrée sur trois travées en légère saillie. Les pilastres colossaux doriques à bossages, embrassant les deux niveaux supérieurs, confèrent à l'ensemble une monumentalité certaine. Les ouvertures rectangulaires du rez-de-chaussée sont agrémentées d'agrafes sculptées, tandis qu'aux étages, la diversité des baies, tantôt en plein cintre, tantôt rectangulaires, est un détail à noter. C'est surtout la ferronnerie, d'un style rocaille persistant, qui retient l'attention. Les garde-corps, aux motifs géométriques et feuillagés, sont l'œuvre remarquable du maître-ferronnier Bernard Ortet. La signature, ORTET FECIT ANNO 1771, apposée sur un balcon, est une assertion de qualité et de fierté artisanale qui mérite d'être saluée. En contraste, la façade latérale sur la rue des Trois-Banquets, plus modestement enduite, et la configuration intérieure avec ses élévations régulières autour d'une cour rectangulaire, bien que masquant l'asymétrie de la parcelle par une aile étroite, révèlent une hiérarchie des traitements. Le monument, inscrit aux monuments historiques dès 1925, consacre ainsi non seulement l'esprit néoclassique de l'édifice, mais aussi la virtuosité des artisans qui, comme Ortet, ont su infuser une touche d'individualité dans la rigueur formelle du XVIIIe siècle. Cet hôtel demeure une pièce éloquente du patrimoine toulousain, une démonstration de l'art de bâtir et de paraître à une époque charnière.