70 quai de la Fosse, Nantes
L'Hôtel O'Riordan, s'élevant avec une certaine dignité au numéro 70 du Quai de la Fosse à Nantes, offre un témoignage architectural du XVIIIe siècle, campé dans la veine néo-classique alors en vogue. Sa façade, érigée entre 1742 et 1746, incarne cette quête de l'ordre et de la proportion qui caractérise le mouvement, loin des exubérances rococo qui pouvaient encore animer certains intérieurs. L'édifice fut commandité par Étienne O'Riordan, armateur notoire et membre de la dynamique communauté irlandaise de Nantes, dont la fortune, il convient de le souligner, puisait ses sources dans le commerce transatlantique, y compris la traite négrière. L'élégance de la pierre, la régularité des ouvertures, le jeu subtil des corniches et des bandeaux, n'est en somme que le reflet pétrifié d'une réussite économique construite sur des bases qui, aujourd'hui, sont jugées avec une nécessaire sévérité. Les matériaux utilisés, le tuffeau pour ses qualités de sculpture et sa luminosité, ainsi que le granit pour sa robustesse et sa pérennité, traduisent une certaine hiérarchie des finitions. Le tuffeau, pierre calcaire tendre et claire, permettait des ornements fins, tandis que le granit, plus sombre et plus dense, ancrait l'édifice au sol, lui conférant une assise inébranlable face aux intempéries comme au temps. Il est intéressant de noter que le premier étage abritait jadis un salon entièrement lambrissé de panneaux d'acajou, essence précieuse dont l'approvisionnement était alors intrinsèquement lié aux routes commerciales des colonies. Cette boiserie, véritable trésor d'ébénisterie, ne résida cependant pas éternellement entre ces murs. Elle fut, en 1975, offerte au Canada, où elle trône désormais au Château Ramezay à Montréal, illustrant la dispersion parfois singulière du patrimoine et le destin itinérant de certains éléments d'ameublement. L'hôtel O'Riordan, qui passa ensuite entre les mains de la famille Le Roux, négociants en bois dont une fille épousa le célèbre architecte Mathurin Crucy, fut classé monument historique en 1938. Une reconnaissance qui souligne son importance patrimoniale, indépendamment de la complexité morale de ses origines. Cet hôtel demeure ainsi une pièce maîtresse, austère et éloquente, de l'urbanisme nantais de cette époque florissante, et un discret rappel des fondations économiques sur lesquelles se bâtissaient alors la fortune et le prestige.