11, 13 place Vendôme 30, 34, 36 rue Cambon, Paris 1er
L'Hôtel de Bourvallais, ou de la Grande-Chancellerie, se dresse au n°13 de cette place Vendôme dont l'ordonnance, issue du ciseau de Hardouin-Mansart, imposait déjà à ses architectes une rigueur et une conformité qui laissaient peu de place à l'exubérance individuelle. Construit entre 1699 et 1702 par Robert de Cotte, un continuateur éclairé de l'esthétique classique, l'édifice s'inscrivait donc dans cette trame urbaine prestigieuse avec la discrétion que l'on attendait d'un grand architecte œuvrant sous l'égide du maître. Initialement destiné au marquis de La Vieuville, ce n'est qu'après quelques mutations de propriété, le plus souvent par les méandres financiers de l'époque, qu'il échut au fermier général Paul Poisson de Bourvallais. Ce personnage, dont la fortune soudaine reflétait les opportunités, parfois équivoques, du grand siècle finissant, dut bientôt faire face aux revirements de la fortune publique. Le Régent, Philippe d'Orléans, peu enclin à la clémence envers les fortunes jugées mal acquises, institua cette fameuse "Chambre ardente". Ce tribunal extraordinaire, dont le nom seul évoque les purges et les restitutions, examina les comptes des "traitants" – ces financiers qui, par leurs manœuvres et leurs charges vénales, avaient accumulé des richesses considérables, souvent au détriment du Trésor royal. Bourvallais fut l'une de ses proies. Accusé de malversations, il dut se défaire de ses biens, et son hôtel particulier fut confisqué, passant des mains d'un spéculateur à celles de l'État. Ironie de l'histoire, ce lieu, acquis par des moyens que la postérité a jugés douteux, devint en 1718 l'Hôtel de la Grande-Chancellerie, siège du ministère français de la Justice. Une symbolique qui ne manque pas de sel : la justice s'installant dans les spolia d'un délinquant financier. L'édifice, depuis lors, a connu bien des péripéties, mais sa fonction institutionnelle est restée. Il fut partiellement incendié en 1793, un épisode dont les révolutionnaires avaient le secret. Heureusement, le bureau du ministre, autrefois une bibliothèque royale, échappa à la fureur des flammes, conservant ainsi un fragment tangible de son histoire. On y retrouve d'ailleurs encore aujourd'hui le bureau qui fut celui de Cambacérès durant son bref passage, ainsi que l'inestimable presse à sceller la Constitution, témoin silencieux de tant de documents officiels, de serments et de décrets ayant façonné la République. L'hôtel de Bourvallais, mitoyen des hôtels de Simiane et de Gramont (aujourd'hui le Ritz), offre sur la place Vendôme une façade discrète, presque anonyme dans sa conformité au plan d'ensemble. La véritable opulence, l'agencement des espaces, se déploient à l'intérieur, selon la tradition de l'hôtel particulier parisien, avec un jeu sur le plein et le vide qui, si souvent, privilégie l'intimité de la cour et du jardin sur l'ostentation publique. L'arrière, avec son jardin en longueur bordé de rosiers et son bassin, suggère une échappée contemplative, presque monastique, pour les esprits juridiques qui l'habitent. Classé aux monuments historiques depuis 1982, cet hôtel incarne la pérennité d'une institution régalienne dans un cadre dont l'histoire, par ses volte-face, est une leçon de morale publique. Il n'est pas tant célébré pour ses audaces architecturales que pour sa capacité à absorber, au fil des siècles, les caprices du pouvoir et de la fortune, demeurant un phare, certes un peu austère, de l'autorité de l'État.