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Hôtel de Vendôme(actuellesMines ParisTech)

Hôtel de Vendôme(actuellesMines ParisTech)

60-62 boulevard Saint-Michel, Paris 6e

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel de Vendôme, discret dans son ordonnancement actuel, offre une méditation sur la persistance et la mutation architecturale parisienne. Érigé en 1707 par Jean-Baptiste Alexandre Le Blond, un architecte dont la rigueur classique allait bientôt marquer jusqu'aux rives de la Neva à Saint-Pétersbourg, cet hôtel particulier fut d'abord conçu pour un chanoine des chartreux. Les plans de Le Blond, divulgués par d'Aviler, attestent d'une facture sobre, emblématique de cette élégance retenue du début du XVIIIe siècle. L'édifice, initialement implanté rue d'Enfer, se distinguait alors par une composition équilibrée, alliant pierre de taille et lignes épurées, typiques du style Régence qui préludait aux fastes rococo, tout en maintenant un ancrage solide dans l'héritage classique français. L'arrière du corps principal ouvrait déjà sur l'étendue verdoyante du jardin du Luxembourg, offrant une dialectique entre l'urbanité de la rue et la quiétude du parc. Une première métamorphose survint dès 1715-1716, lorsque l'hôtel fut loué à la duchesse de Vendôme. Le Blond lui-même fut sollicité pour remanier la façade donnant sur le jardin, n'hésitant pas à réemployer l'ancien fronton, geste pragmatique qui témoigne d'une certaine économie de moyens, ou peut-être d'une volonté de conserver un élément de la composition initiale. Cette pratique de réemploi n'était pas rare, révélant une adaptation constante plutôt qu'une table rase systématique. Le XVIIIe siècle vit l'hôtel passer aux mains du duc de Chaulnes, Michel Ferdinand d'Albert d'Ailly, personnage dont la curiosité scientifique, rare pour l'époque dans la sphère aristocratique, transparaît dans l'aménagement de sa bibliothèque et de son laboratoire d'expériences. Cette prédisposition intellectuelle, insoupçonnée pour une demeure privée, posait les jalons d'une destinée tout autre. Car c'est bien après la Révolution, en 1815, que le bâtiment, confisqué, fut dévolu à l'École des Mines de Paris, une institution dont la vocation utilitaire allait profondément reconfigurer son identité. Le XIXe siècle fut celui d'une agglomération progressive, une sorte de sédimentation architecturale. Entre 1840 et 1852, François-Alexandre Duquesney initia une première campagne d'extension, prolongeant le bâtiment et intégrant des innovations structurelles notables, telles que les piliers en fonte de la bibliothèque. L'emploi de ce matériau, alors à la pointe de l'ingénierie, marque un glissement manifeste de l'esthétique purement classique vers une fonctionnalité dictée par les impératifs de l'enseignement technique et des contraintes budgétaires. Les espaces furent rationalisés, la volumétrie initiale diluée. Puis, entre 1861 et 1866, Théodore-Henri Vallez, dans le sillage des transformations haussmanniennes de Paris, acheva d'en faire un complexe d'enseignement en aménageant quatre ailes autour d'une cour centrale désormais couverte. Cette transformation majeure oblitéra en grande partie la typologie de l'hôtel particulier pour lui substituer celle d'un bâtiment institutionnel, où l'ordonnancement d'origine se retrouve comme enserré par des corps de bâtiments utilitaires. L'Hôtel de Vendôme, ou du moins ce qu'il en reste d'authentique, est moins une œuvre monolithique qu'un palimpseste. Son inscription aux Monuments Historiques, d'abord annulée puis réaffirmée en 1994, reconnaît la valeur de cette stratification. Il illustre parfaitement la capacité de l'architecture parisienne à s'adapter, à absorber de nouvelles fonctions et de nouvelles esthétiques, quitte à sacrifier la pureté de la conception initiale au profit d'une longévité pragmatique. Le fronton originel de Le Blond, remployé avec une certaine désinvolture dès les premières modifications, apparaît comme une métaphore de cette histoire, un fragment d'une intention première diluée dans le cours ininterrompu des adaptations.