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Château de Champlâtreux

Château de Champlâtreux

Épinay-Champlâtreux

L'Envolée de l'Architecte

Le Château de Champlâtreux, érigé entre 1751 et 1757 sous la direction de Jean-Michel Chevotet, offre un exemple singulier d'une architecture rocaille parvenue à une remarquable homogénéité. Cette demeure de campagne, commanditée par Mathieu-François Molé, figure éminente du Parlement de Paris, illustre l'ambition d'une lignée parlementaire dont la fortune, en partie issue du financier Samuel Bernard, permit une reconstruction d'ampleur sur les fondations d'une modeste maison Louis XIII. L'approche financière fut d'ailleurs pragmatique, la maîtrise des coûts s'opérant par l'établissement d'une briqueterie locale, l'emploi de gypse du domaine et le réemploi de pierres issues des carrières avoisinantes et de châteaux démolis, traduisant une économie de moyens tempérant la magnificence affichée. Dès l'abord, depuis la D 316, les pavillons de garde, antérieurs au corps principal, affichent déjà une recherche formelle avec leurs oculi et leurs chaînages d'angle imposants, introduisant le visiteur à une ordonnance soignée. Le parc, initialement dessiné à la française par Chevotet, puis transformé en jardin paysager par les frères Thouin au XIXe siècle, conserve aujourd'hui des restitutions partielles de son tracé d'origine, notamment l'avant-cour et la grande allée. La façade orientale du château, côté cour, présente un pavillon central orné de colonnes doriques et ioniques superposées, surmonté d'un fronton triangulaire surbaissé, dans une composition héritée des modèles classiques du début du XVIIIe siècle, telle qu'illustrée par Boffrand. Si les décors sculptés d'origine de cette façade, notamment les armoiries des Molé, ont malheureusement disparu, subsistent des cartouches et des mascarons de belle facture, dont certains, au rez-de-chaussée, figurent des têtes expressives tandis que ceux de l'étage évoquent des gorgones. La façade occidentale, sur jardin, se distingue par un corps central polygonal précédé d'un perron et coiffé d'une imposante toiture en abat-jour, dont l'effet purement décoratif est incontestable. Son décor sculpté, lui, a été préservé, déployant des scènes de chasse et de pêche autour d'une figure centrale de Diane, offrant une iconographie des plaisirs champêtres. À l'intérieur, après un premier vestibule d'inspiration classique, un second vestibule ovale, servant à l'occasion de salon d'été, accueille une copie de la statue du président Molé, présent de Louis-Philippe. L'escalier d'honneur, à la rampe de ferronnerie raffinée, conduit aux étages. La richesse des aménagements est manifeste, avec notamment une bibliothèque d'origine aux rayons hémicycliques et des salons aux boiseries délicates de style Rocaille, tel le Salon bleu. À l'étage, l'une des chambres de la comtesse Molé révèle un rarissime papier peint chinois dessiné à la main, un jardin onirique de bambous et de pivoines, témoignage d'un goût pour l'exotisme qui contraste avec la rigueur architecturale extérieure. Cependant, toute magnificence est susceptible de jugement : les frères Goncourt, en 1862, ne manquèrent pas de fustiger le salon, regrettant sa restauration sous Louis-Philippe et y discernant le « triste style » des régimes parlementaires, empreint de « correction, l'ennui et la pauvre dignité ». Cette critique, sans détour, révèle que même les plus opulentes résidences ne sauraient échapper à la postérité des regards acérés.