4-5, place Sainte-Aurélie, Strasbourg
L'église Sainte-Aurélie, à Strasbourg, présente le paradoxe d'un site à l'ancienneté revendiquée, ses vestiges funéraires remontant à l'Antiquité, tandis que son apparence actuelle est largement dictée par une reconstruction du XVIIIe siècle. Cet édifice, discrètement inséré dans le Faubourg National, ancien Faubourg des Charrons, conserve la base de son clocher roman du XIIe siècle, rehaussé au XIVe siècle d'un beffroi gothique abritant une cloche de 1410, la plus ancienne datée de la ville, qui a échappé aux velléités iconoclastes de la Révolution. C'est en 1523 que l'église adopte la Réforme, devenant un foyer majeur du protestantisme strasbourgeois, notamment avec les débuts de prédicateur de Martin Bucer dès 1524. Face à l'état précaire de sa charpente, l'église est entièrement rebâtie entre 1763 et 1765 par les maîtres d'œuvre Michel Hatzung et Georges Frédéric Hüttner. Cette nouvelle nef imposante, aux volumes résolument baroques, en fait l'un des rares édifices cultuels significatifs construits à Strasbourg au XVIIIe siècle, après des années de stagnation. La façade principale, orientée à l'Est, affiche un crépi clair surmonté d'un vaste pignon à volutes, percé d'œils-de-bœuf et agrémenté d'un fronton triangulaire en grès. L'intérieur de cette reconstruction s'organise selon un parti pris baroque « blanc et or ». L'autel et la chaire à prêcher, datant du XVIIe siècle et issus de l'édifice précédent, sont caractéristiques de ce faste. La chaire suspendue, dont la cuve est ornée des quatre Évangélistes et de leurs symboles, repose sur l'emblématique pélican nourrissant ses petits, une figuration classique du sacrifice christique. Les travaux récents ont redonné à ces éléments leur polychromie originelle et une mobilité à l'autel, l'adaptant aux usages contemporains. L'orgue principal, achevé en 1718 par André Silbermann et transféré dans la nouvelle église en 1765 par son fils Jean-André, est un joyau. Son buffet, initialement en bois ciré, fut peint en blanc et or en 1790, une rareté en Alsace pour l'époque. Après de multiples transformations au cours des siècles, dont une pneumatisation en 1911 et l'ajout de 33 jeux, l'instrument a retrouvé, entre 2011 et 2015, son état Silbermann d'origine après une minutieuse restauration. Albert Schweitzer avait jadis enregistré des œuvres de Bach et Franck sur cet instrument en 1936, témoignant de sa réputation. Le garde-corps des tribunes, restauré dans sa teinte bleu-vert du XVIIIe siècle, est paré de vingt-trois toiles peintes par Pierre-Joseph Noël en 1767, figurant des scènes bibliques. Enfin, le clocher abrite une horloge de Jean-Baptiste Schwilgué datant de 1845, dont la mécanique, restaurée au début des années 2000, fonctionne encore, constituant la dernière de ses œuvres campanaires opérationnelles à Strasbourg.