23-27 rue d'Arras 48-50 rue du Cardinal-Lemoine, Paris 5e
L'enceinte de Philippe Auguste, plus qu'une simple ligne défensive, représente l'affirmation d'une royauté en pleine consolidation et l'ambition urbaine d'un souverain. Érigée à partir de la fin du XIIe siècle, cette fortification médiévale, dont le tracé précis nous est parvenu, fut une réaction pragmatique aux menaces anglo-plantagenêt, avant même que le roi ne s'engageât dans la troisième croisade. Son déploiement, initié sur la rive droite entre 1190 et 1209, puis sur la rive gauche de 1200 à 1215, traduit une hiérarchie stratégique évidente : la rive septentrionale, plus exposée aux assauts et siège du pouvoir naissant, primait. Le coût, non négligeable mais gérable pour la Couronne, fut astucieusement partagé, certains bourgeois contribuant à des ouvrages spécifiques, telle la porte Barbette, témoignant d'une collaboration singulière entre le pouvoir royal et les élites marchandes. Cette muraille, à l'origine dépourvue de fossé extérieur, fut d'abord une masse de pierre de six à neuf mètres de hauteur, pour une épaisseur de quatre à six mètres, édifiée en moyen appareil et dotée d'un chemin de ronde crénelé. Soixante-treize tours semi-cylindriques, d'un diamètre de six mètres et d'une quinzaine de mètres de haut, jalonnaient cette courtine à intervalles réguliers, sans déborder vers l'intérieur de la ville, une intégration urbaine peu commune. Les tours de la rive droite, plus simples, se défendaient par des créneaux, tandis que celles de la rive gauche, ultérieurement conçues, intégraient des archères au niveau inférieur, signe d'une adaptation rapide des techniques défensives. Quatorze portes principales, flanquées de tours talutées de quinze mètres, régulaient les accès, complétées par de nombreuses poternes qui furent ouvertes au gré de l'expansion urbaine. La gestion des accès fluviaux était assurée par quatre imposantes tours d'angle (Tour du Coin, Tour de Nesle, Tour Barbeau, Tournelle), entre lesquelles des chaînes pouvaient être tendues, une solution rudimentaire mais efficace pour entraver la navigation. L'impact de cette enceinte sur la topographie parisienne est persistant, inscrivant des courbes dans le tissu urbain des rues actuelles, un héritage subtil que l'œil averti peut encore déceler. Elle permit l'intégration de bourgs significatifs, transformant Paris en une cité médiévale d'envergure européenne. L'évolution de l'art de la guerre, notamment l'apparition de l'artillerie, rendit ses défenses obsolètes. Dès le XIVe siècle, des adaptations furent entreprises, fossés creusés, barbacanes ajoutées, le mur s'épaississant à l'intérieur pour compenser sa faiblesse intrinsèque face aux nouvelles techniques de siège. Néanmoins, son destin était scellé. Dès le XVIe siècle, la démolition des portes sous François Ier puis la vente progressive des terrains marquèrent son lent effacement. Ses vestiges, souvent absorbés par des constructions ultérieures – une tour servant de cage d'escalier, une courtine de mur mitoyen – sont aujourd'hui des fragments éparpillés, énigmatiques pour le passant. La portion la plus notable, visible rue des Jardins-Saint-Paul, conserve une tour dite de Montgommery, qui, au-delà de sa fonction défensive, fut le théâtre, dit-on, de l'emprisonnement du capitaine écossais Gabriel de Montgomery, dont le fer de lance avait accidentellement mis fin au règne d'Henri II. Ainsi, de cette première forteresse urbaine subsistent moins des monuments spectaculaires que les cicatrices d'une croissance irréversible, le palimpseste d'un Paris primordial.