Cimetière du Père-Lachaise, Paris 20e
L'accès à la nécropole parisienne du Père-Lachaise s'opère, pour le visiteur contemporain, par une composition architecturale d'une gravité calculée, inaugurée en 1825. Œuvre d'Étienne-Hippolyte Godde, architecte de la ville de Paris de 1813 à 1830, cette entrée principale, située boulevard de Ménilmontant, remplaça un modeste portail en bois, reléguant l'ancienne « porte du Repos » à une fonction plus ancillaire. Il convient de noter que cette réalisation s'inscrit dans un courant néoclassique alors bien établi, Godde n'hésitant pas à reprendre, avec une certaine désinvolture, le dessin du portail de l'ancien cimetière dit « des aveugles » de Saint-Sulpice, conçu par Oudot de Maclaurin dès 1772. Une filiation pragmatique, si ce n'est une humble réinterprétation, qui dénote peut-être moins d'une audace créatrice que d'une efficacité d'exécution. Le portail se présente sous la forme d'un hémicycle monumental, encadré par deux pylônes massifs en pierre de taille, dont l'ordonnancement rigoureux est la quintessence du style néoclassique. L'équilibre entre le plein des maçonneries et le vide de l'ouverture est caractéristique de cette recherche de solennité et de hiératisme. Les ornements, quoique traditionnels dans le répertoire funéraire – sabliers ailés, flambeaux et guirlandes de fleurs –, concourent à cette atmosphère de recueillement contraint. Ils sont des allégories universelles du temps qui passe et de la mort, détachées de toute spécificité dogmatique, ce qui n'est pas sans pertinence au regard des évolutions ultérieures. Initialement, la dimension spirituelle était explicitement affirmée. Les pylônes arboraient des sentences bibliques latines, telles que « Spes illorum immortalitate plena est » et « Qui credit in me etiam si mortuus fuerit vivet ». Plus éloquente encore était l'inscription originelle sur les lourds battants de la porte : « Scio quòd redemptor meus vivit et in novissimo die de terrâ surrecturus sum ». Cette dernière fut la cible de la perspicacité critique de Jean-Marie-Vincent Audin qui, dès 1836, souligna avec un humour mordant son absurdité fonctionnelle : illisible lorsque la porte est ouverte, elle se dérobe à l'œil du passant. Une anecdote qui révèle la difficulté d'harmoniser le message théologique avec les exigences pratiques de l'architecture. Par la suite, la laïcisation progressive de la société parisienne eut son effet : la croix et les inscriptions religieuses furent approuvées pour suppression en 1882 par le conseil municipal, marquant une étape dans la désincarnation symbolique des lieux publics. Classée monument historique en 1983, cette entrée a connu une restauration notable en 2012, période durant laquelle sa couleur, autrefois blanche, a retrouvé un vert plus conforme aux intentions ou aux habitudes chromatiques de l'époque. Au-delà de ces considérations stylistiques et historiques, ce portail demeure un seuil, une ligne de démarcation entre l'agitation urbaine et le silence de la nécropole, invitant à une transition psychologique autant qu'spatiale, avec une dignité sobre, exempte de toute emphase superflue.