Place Simon-Vollant, Lille
La Porte de Paris à Lille, que l'on nommait autrefois Porte des Malades, déploie une histoire complexe, celle d'un élément défensif mué en un manifeste de la puissance royale. Initialement, au XIIIe siècle, une modeste ouverture s'inscrivait dans l'enceinte médiévale, menant vers une léproserie. Sa fonction était alors purement pragmatique, un simple passage pour les infortunés et les biens. Ce n'est qu'à la suite de la conquête de la ville par Louis XIV, en 1667, événement scellé par le traité d'Aix-la-Chapelle, que sa destinée bascule vers la grandiloquence. Le Roi-Soleil, soucieux d'ancrer sa mainmise, chargea Simon Vollant d'édifier un arc de triomphe, érigé entre 1686 et 1694. Il ne s'agissait plus seulement de traverser une enceinte, mais de célébrer, d'affirmer une autorité. L'édifice originel de Vollant se présentait comme un frontispice triomphal côté campagne, adossé à un corps de garde plus austère côté ville, l'ensemble conservant l'esprit d'une défense par son couloir voûté et son pont-levis, vestiges d'une époque révolue mais encore ancrés dans la mémoire constructive. La composition de la façade sud, signée Vollant, est une leçon de classicisme. Un corps central, percé d'une arcade modeste, confère une massivité qui trahit encore sa fonction originelle de barrière. Cette robustesse est flanquée de deux travées latérales où des colonnes doriques géminées encadrent des figures de Mars et Hercule, déployant une symbolique de force militaire. Mais l'apothéose est en partie haute : au-dessus des armoiries de Lille et du blason royal, le faîte exalte le monarque. Deux anges, des allégories de la Renommée sonnant la victoire, et une Victoire couronnant Louis XIV en médaillon, le tout exécuté par Augustin Camille et sieur Manier, transforment la structure en une scène d'opéra baroque, un manifeste de la propagande royale. Le contraste est frappant entre la rigueur terrienne de la base et la légèreté céleste du sommet, entre la fonction défensive et l'affichage dynastique. L'histoire aurait pu s'arrêter là, mais le démantèlement des fortifications vers 1860 mena à la démolition du corps de garde et menaça l'arc de triomphe lui-même. C'est l'intervention d'une commission éclairée, présidée par Charles Garnier, qui le sauva d'une disparition certaine, plaidant pour sa conservation et son parachèvement. Ainsi, à la fin du XIXe siècle, Louis-Marie Cordonnier fut chargé de compléter l'édifice, lui offrant une seconde façade côté ville, harmonisant l'ensemble avec la nouvelle place créée, inaugurée en 1895. Les grenades en fonte, restaurées par les Arts et Métiers de Lille et réinstallées en 2018, rappellent une présence militaire passée, mais leur disposition aujourd'hui relève davantage de l'ornement que de la dissuasion. La Porte de Paris, bien qu'un assemblage de deux époques et de deux intentions, demeure un témoignage éloquent de la mutation des rôles architecturaux, d'une humble nécessité à une ambition d'éternité.