11, 13, 15, 17, 19, 21 rue des Lois, Toulouse
Le Couvent des Cordeliers de Toulouse, édifié dès 1222, se révèle d’emblée comme une tentative franciscaine de rivaliser, non sans une certaine grandiloquence, avec l’hégémonie dominicaine locale. Dans cette ville imprégnée des stigmates de la croisade albigeoise, l’ordre mendiant s’installe sur un vaste terrain, y développant un complexe dont l’échelle manifeste une ambition spirituelle et intellectuelle notable. Au cœur de ce bourg Saint-Sernin, l'église conventuelle, de style gothique méridional, s'élevait en une silhouette imposante. Sa façade occidentale, un grand mur de brique percé d’une rosace et encadré de contreforts ornés de gargouilles, affichait une puissance certaine, tandis que son portail, en pierre, bien que partiellement reconstitué et déplacé aujourd’hui, portait une devise énigmatique promettant une durée défiant l’imagination. L'intérieur démesuré de la nef, avec sa voûte culminant à vingt-cinq mètres, était jadis enrichi de vitraux aux lancettes tripartites, aujourd'hui en partie à Saint-Étienne, et de peintures simulant une maçonnerie de pierre de taille, un artifice courant pour pallier le coût des matériaux nobles. Les vingt-sept chapelles latérales et le chœur octogonal, autrefois ceint d'une balustrade en marbre de Caunes transférée à la cathédrale, témoignaient d'une profusion de fondations pieuses, faisant du sol même un vaste cimetière pour l'élite toulousaine. Le grand cloître, structuré autour de galeries de quarante-cinq mètres de long, flanqué de colonnes jumelées de marbre et paré de fresques, servait de centre névralgique, reliant les fonctions essentielles du couvent : la bibliothèque où les incunables étaient rivés à leurs pupitres, la sacristie, aujourd'hui l'un des rares vestiges notables, et la salle capitulaire. La chapelle Notre-Dame de Rieux, véritable pièce maîtresse du gothique local érigée par Jean Tissandier et Pierre de Foix, se distinguait par sa statuaire raffinée du Maître de Rieux, dont des fragments sont conservés aux Augustins. Mais le couvent fut une victime emblématique de l'histoire. Incendié par les protestants en 1562, puis touché par un effondrement de voûte en 1738, il connut la dépossession révolutionnaire, la transformation de son église en magasin de fourrages pour l'armée et de sa salle capitulaire en écurie. Cette déchéance culmina avec la destruction délibérée de la chapelle de Rieux en 1846 pour de banals alignements urbains et l'incendie final de la nef en 1871. De cet ensemble grandiose, seul subsiste le clocher octogonal, emblématique du gothique méridional, ainsi que la sacristie et la salle capitulaire, désormais investie par la Maison universitaire franco-mexicaine, un destin étonnant pour un lieu de prière. La mémoire la plus piquante de ce site reste sans doute celle de son caveau où les corps se momifiaient naturellement. Ce lieu insolite, célèbre pour la légende de la Belle Paule, devint une attraction macabre, nourrissant même des récits de terreur, comme celui de ce cordelier malheureux qui, dans sa frayeur nocturne, se cloua à un cercueil, offrant une conclusion à la fois tragique et burlesque à l'histoire de ce monument dont la grandeur fut si éphémère et le déclin si radicalement orchestré.