5 allée de l'Île-Gloriette, Nantes
L'Hôtel Deurbroucq, bâti à Nantes au milieu du XVIIIe siècle, se dresse comme un monument éloquent d'une époque où l'opulence, souvent issue du commerce transatlantique et, il faut le souligner, du négoce des esclaves, cherchait sa plus éclatante expression architecturale. Pour concrétiser cette ambition, Dominique Deurbroucq, un armateur dont la fortune était immense pour l'époque, fit appel à Jean-Baptiste Ceineray, architecte réputé qui œuvrait alors sur les plans de la Chambre des comptes de Bretagne. Achevé en 1769 pour une somme considérable de 500 000 livres, l'édifice est une démonstration patente de richesse et de statut social. Le style néo-classique adopté par Ceineray confère à l'hôtel une ordonnance rigoureuse, une composition qui privilégie la symétrie et l'équilibre des volumes, loin des fantaisies baroques, et qui affirme une certaine dignité. L'organisation typique d'un hôtel particulier, articulée autour d'une cour d'honneur et dévolue à la distinction entre l'espace public de représentation et l'intimité domestique, est ici perceptible, même si les subdivisions ultérieures en «grand» et «petit» hôtel ont altéré sa pureté originelle. Après la mort de Deurbroucq, l'hôtel passa entre les mains de son fils, Piter, qui, baron d'Empire, parvint à conserver ses titres et son standing malgré les bouleversements politiques. L'histoire du bâtiment est ensuite celle de la haute bourgeoisie nantaise qui, au fil des successions, de la famille Métois aux Godard puis aux Grandjouan, en fit sa demeure. Il est assez singulier de noter comment, au XIXe siècle, Gaston Godard n'hésita pas à faire effacer les armoiries originelles des Deurbroucq pour y apposer ses propres initiales entrelacées, affirmation discrète mais ferme d'une nouvelle ère de prospérité commerciale. Les aléas de l'histoire n'épargnèrent pas l'Hôtel Deurbroucq, sérieusement endommagé lors des bombardements de 1943, mais restauré par la suite, témoignant ainsi de sa robustesse et de sa valeur patrimoniale, reconnue par son inscription aux monuments historiques en 1945. Désormais siège d'institutions publiques telles que le CHU et le Tribunal Administratif, cet hôtel particulier, jadis écrin d'une fortune parfois controversée, continue d'ancrer sa présence dans le paysage civique nantais, assumant une fonction bien différente de celle pour laquelle il fut érigé, mais conservant son austère prestance.